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  • : Sur la rive... un blog en marge du cours de philosophie. Prendre le temps d'aborder différemment ce qui est vu en classe.
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Inconscient

Jeudi 5 octobre 2006 4 05 /10 /2006 18:52
 
[En priorité pour les TL et les TS1]
 
« L’homme est obscur à lui-même ; cela est à savoir. Seulement il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d’inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l’inconscient est un autre Moi ; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses ; une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu’il n’y a point de pensées en nous sinon par l’unique sujet, Je ; cette remarque est d’ordre moral. Il ne faut pas dire qu’en rêvant on se met à penser. Il faut savoir que la pensée est volontaire ; tel est le principe des remords : « Tu l’as bien voulu ! » On dissoudrait ces fantômes en se disant simplement que tout ce qui n’est point pensée est mécanisme, ou encore mieux, que ce qui n’est point pensée est corps, c’est-à-dire chose soumise à ma volonté ; chose dont je réponds. Tel est le principe du scrupule (...).
            L’inconscient est donc une manière de donner dignité à son propre corps ; de le traiter comme un semblable ; comme un esclave reçu en héritage et dont il faut s’arranger. L’inconscient est une méprise sur le Moi, c’est une idolâtrie du corps. On a peur de son inconscient ; là se trouve logée la faute capitale. Un autre Moi me conduit qui me connaît et que je connais mal (...).
            En somme, il n’y a pas d’inconvénient à employer constamment le terme d’inconscient ; c’est un abrégé du mécanisme. Mais, si on le grossit, alors commence l’erreur ; et, bien pis, c’est une faute. »
Alain, Éléments de philosophie, IIème partie, chap. 16, Note
(Paris, Gallimard, coll. Folio essais, 2003, p. 155-156)
  
Exercice :
            Précisez en quel sens, selon Alain, l’hypothèse de l’inconscient est non seulement une erreur mais aussi une faute.
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Inconscient
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Lundi 9 octobre 2006 1 09 /10 /2006 18:03
 
Dire que la vie est un rêve constitue un argument célèbre pour remettre en doute les idées que les hommes croient être vraies, et dénoncer les vaines apparences auxquelles ils donnent de l’importance.
 
Au XVIIème s., Pedro Calderón de la Barca (1600-1680) est l’auteur d’une pièce de théâtre, intitulée La vie est un songe (La Vida es sueño, 1635).
C’est aussi le titre d’un poème de Jacques Vallée Des Barreaux (1599-1673).
Enfin, nous l’avons vu en cours : Descartes porte cet argument à l’excès pour mettre (provisoirement) en doute l’existence des choses corporelles.
 
Mais cet énoncé peut s’entendre en un sens littéral. En effet, pour Carl Gustav Jung (psychanalyste suisse ; 1875-1961), l’inconscient n’en finit pas de rêver.
Si nous croyons ne pas rêver en permanence, c’est parce que les pensées conscientes à l’état de veille nous occupent trop. Elles parlent fort, et couvrent le murmure du rêve.
 
« Il n’est cependant pas toujours facile de délimiter une série onirique. La série onirique est comparable à une sorte de monologue qui s’accomplirait à l’insu de la conscience. Ce monologue, parfaitement intelligible dans le rêve, sombre dans l’inconscient durant les périodes de veille, mais ne cesse en réalité jamais. Il est vraisemblable que nous rêvons en fait constamment, même en état de veille, mais que la conscience produit un tel vacarme que le rêve ne nous est alors plus perceptible. Si nous parvenions à établir un catalogue complet des processus inconscients, nous pourrions constater que leur ensemble suit une voie bien déterminée. Mais cela représenterait un labeur gigantesque. »
Carl Gustav Jung, Sur l’interprétation des rêves, I
(Paris, Albin Michel, Le Livre de Poche, coll. « Références »,
1998, trad. fr. par A. Tondat, p. 13-14)
 
Nous retrouverons bientôt dans le cours un principe analogue avec les petites perceptions selon Leibniz.
Quant aux Peanuts, c'est une autre histoire...;-)
 
 
Question :
            Chez quel poète grec peut-on lire que « l’homme est le rêve d’une ombre » ?
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Inconscient
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Jeudi 12 octobre 2006 4 12 /10 /2006 21:19
 
On trouve certains exemples en cours, qui témoignent inévitablement des émissions que l’on préfère...
 
Je parlais ce matin aux TS1 de cette tendance inconsciente de l’adulte à chercher chez l’être aimé des caractéristiques proches de celles du parent de sexe opposé (ou radicalement contraires).
Poursuivant sur les éventuelles rivalités inconscientes qui en découlent avec le beau-parent de même sexe, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux rapports conflictuels entre Arthur et son beau-père Léodagan dans l’excellente série Kaamelott, diffusée le soir sur M6.
 
Mais l’exemple s’est avéré plus riche que prévu pour illustrer le complexe d’Œdipe.
 
En effet, Alexandre Astier, qui est non seulement l’auteur et le réalisateur de la série, mais aussi le compositeur de la musique et l’interprète du roi Arthur, a rassemblé autour de lui ses proches pour jouer les personnages.
 
C’est ainsi que son père, Lionel Astier, joue le rôle de son beau-père Léodagan.
Sa mère, Joëlle Sevilla, interprète le rôle de sa belle-mère, Dame Séti.
 
Or, il faut savoir que ses parents se sont séparés et que son père a eu pour nouvelle compagne José Drevon, qui joue le rôle d’Ygerne, la mère d’Arthur.
 
Alexandre Astier-Arthur a donc symboliquement remarié ses parents, et il s’est approprié la compagne de son père pour en faire sa mère à l’écran...
 
D’un point de vue psychanalytique, c’est loin d’être inintéressant :-)
 
C’est en effet un dépassement original du complexe d’Œdipe, d’autant plus que la série ne se prive pas de perpétuelles scènes de chamailleries entre tout ce beau monde.
 
Ajoutez cela une variation originale sur le thème des héros de la Légende de la Table ronde, et le plaisir est garanti :-)
Les dialogues ont d’ailleurs un rythme savoureux, et je vous conseille un certain nombre d’expressions fleuries ;-)
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Inconscient
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Mardi 17 octobre 2006 2 17 /10 /2006 22:13
 
Bergson explique sur le même modèle les mécanismes de la perception, du rêve et de la lecture.
 
            « La naissance du rêve n’a (...) rien de mystérieux. Nos songes s’élaborent à peu près comme notre vision du monde réel. Le mécanisme de l’opération est le même dans ses grandes lignes. Ce que nous voyons d’un objet placé sous nos yeux, ce que nous entendons d’une phrase prononcée à notre oreille, est peu de chose, en effet, à côté de ce que notre mémoire y ajoute. Quand vous parcourez votre journal, quand vous feuilletez un livre, croyez-vous apercevoir effectivement chaque lettre de chaque mot, ou même chaque mot de chaque phrase ? Vous ne liriez pas alors beaucoup de pages dans votre journée. La vérité est que vous ne percevez du mot, et même de la phrase, que quelques lettres ou quelques traits caractéristiques, juste ce qu’il faut pour deviner le reste : tout le reste, vous vous figurez le voir, vous vous en donnez en réalité l’hallucination. (...)
            (...) Les caractères réellement aperçus ont donc servi à évoquer un souvenir. La mémoire inconsciente, retrouvant la formule à laquelle ils donnaient un commencement de réalisation, a projeté ce souvenir au dehors sous une forme hallucinatoire. (...) Bref, la lecture courante est un travail de divination, mais non pas de divination abstraite : c’est une extériorisation de souvenirs, de perceptions simplement remémorées et par conséquent irréelles, lesquelles profitent de la réalisation partielle qu’elles trouvent çà et là pour se réaliser intégralement. »
Henri Bergson, L’Énergie spirituelle, IV. « Le rêve » (1919)
(Paris, P.U.F., 1966, p. 97-99)
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Inconscient
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Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /2007 22:02
 
L’une des caractéristiques de l’inconscient psychique, tel que l’envisage la psychanalyse freudienne, est de ne pas avoir la même temporalité que la conscience.
 
À cette occasion, nous évoquons en cours ce que l’on appelle souvent le « rêve du guillotiné ».
 
Il a été rapporté par Alfred Maury (1817-1892, grand érudit français), qui avait entrepris d’observer ses rêves pour en établir les principes généraux :
 
« Mais un fait plus concluant pour la rapidité du songe, un fait qui établit à mes yeux qu’il suffit d’un instant pour faire un rêve étendu, est le suivant : J’étais un peu indisposé, et me trouvais couché dans ma chambre, ayant ma mère à mon chevet. Je rêve de la Terreur ; j’assiste à des scènes de massacre, je comparais devant le tribunal révolutionnaire, je vois Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville, toutes les plus vilaines figures de cette époque terrible ; je discute avec eux ; enfin, après bien des événements que je ne me rappelle qu’imparfaitement, je suis jugé, condamné à mort, conduit en charrette, au milieu d’un concours immense, sur la place de la Révolution ; je monte sur l’échafaud ; l’exécuteur me lie sur la planche fatale, il la fait basculer, le couperet tombe, je sens ma tête se séparer de mon tronc ; je m’éveille en proie à la plus vive angoisse, et je me sens sur le cou la flèche de mon lit qui s’était subitement détachée, et était tombée sur mes vertèbres cervicales, à la façon du couteau d’une guillotine. Cela avait eu lieu à l’instant, ainsi que ma mère me le confirma, et cependant c’était cette sensation externe que j’avais prise, comme dans le cas cité plus haut, pour point de départ d’un rêve où tant de faits s’étaient succédé. Au moment où j’avais été frappé, le souvenir de la redoutable machine, dont la flèche de mon lit représentait si bien l’effet, avait éveillé toutes les images d’une époque dont la guillotine a été le symbole. »
Alfred Maury, Le sommeil et les rêves (1865), chap. VI
(le texte mis en ligne a été scanné, et mal relu ; méfiez-vous donc
de certaines déformations dues à ce traitement imparfait)
 

Bergson a participé à la renommée de ce récit, en le citant dans une de ses conférences sur le rêve :
« En quelques secondes, le rêve peut nous présenter une série d’événements qui occuperait des journées entières pendant la veille. Vous connaissez l’observation d’Alfred Maury : elle est restée classique, et, quoi qu’on en ait dit dans ces derniers temps, je la tiens pour vraisemblable, car j’ai trouvé des récits analogues dans la littérature du rêve. Mais cette précipitation des images n’a rien de mystérieux. Remarquez que les images de rêve sont surtout visuelles ; les conversations que le rêveur croit avoir entendues sont la plupart du temps reconstituées, complétées, amplifiées au réveil : peut-être même, dans certains cas, n’était-ce que la pensée de la conversation, sa signification globale, qui accompagnait les images. Or, une multitude aussi grande qu’on voudra d’images visuelles peut être donnée tout d’un coup, en panorama ; à plus forte raison tiendra-t-elle dans la succession d’un petit nombre d’instant. Il n’est donc pas étonnant que le rêve ramasse en quelques secondes ce qui s’étendrait sur plusieurs journées veille : il voit en raccourci (...) »
Bergson, L’énergie spirituelle, IV « Le rêve »
(Paris, P.U.F., 1919, 1966, p. 105-106)
 
Bergson, pas plus que Maury (mais cela va sans dire), n’est un partisan de la psychanalyse de Freud. Si ces trois penseurs s’accordent sur la rapidité de certains rêves, ils n’en donnent pas les mêmes raisons.
Bergson poursuit en étudiant la distinction entre la perception et la mémoire :
« [le rêve] procède, en définitive, comme fait la mémoire. À l’état de veille, le souvenir visuel qui nous sert à interpréter la sensation visuelle est obligé de se poser exactement sur elle ; il en suit donc le déroulement, il occupe le même temps ; bref, la perception reconnue des événements extérieurs dure juste autant qu’eux. Mais, dans le rêve, le souvenir interprétatif de la sensation visuelle fait que le souvenir n’y adhère pas ; le rythme de la mémoire interprétative n’a donc plus à adopter celui de la réalité ; et les images peuvent dès lors se précipiter, s’il leur plaît, avec une rapidité vertigineuse, comme feraient celles du film cinématographique si l’on n’en réglait pas le déroulement. Précipitation, pas plus qu’abondance, n’est signe de force dans le domaine de l’esprit : c’est le réglage, c’est toujours la précision de l’ajustement qui réclame un effort. Que la mémoire interprétative se tende, qu’elle fasse attention à la vie, qu’elle sorte enfin du rêve : les événements du dehors scanderont sa marche et ralentiront son allure, — comme, dans une horloge, le balancier découpe en tranches et répartit sur une durée de plusieurs jours la détente du ressort qui serait presque instantanée si elle était libre. »
(Ibid., p. 106-107)
 
Les TS3-4 doivent certainement retrouver plusieurs idées présentes dans le texte de leur premier devoir maison...
 

(Ce dernier dessin n’a pas grande pertinence avec ce qui précède, mais il m’amusait beaucoup... ;-))

 

Par Sébastien Mallet - Publié dans : Inconscient
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Samedi 6 octobre 2007 6 06 /10 /2007 14:43
 
Les TL ont déjà eu l’occasion de lire un texte sur la critique qu’Alain adresse à la psychanalyse. Voici un autre extrait, moins classique, qui le complète :
 
 « Ne cherchez jamais à quoi pense un fou, mais plutôt observez comment un dérangement mécanique produit des signes qui n’ont pas de sens ; ou plutôt comprenez mieux les signes, qui sont signes d’un dérangement mécanique seulement. Je pensais à ces choses comme je lisais la Psychanalyse de Freud ; ce n’est qu’un art de deviner ce qui n’est point. Mais l’art de deviner se compose ici avec l’art de persuader ; car ce genre de médecin n’est pas content s’il ne fait pas que le malade forme enfin des pensées de médecin. Et ce jeu, où l’on gagne assez souvent, fait voir surtout une incroyable ignorance de la mécanique des signes. Quand on appuie vivement sur la poitrine d’un poulet plumé et paré, et enfin mort à n’en point douter, on produit un cri d’angoisse de poulet qui est assez étonnant ; mais croyez-vous que cette femme qui pousse alors un cri de surprise pense davantage ? Ce sont les muscles subitement réveillés et tendus qui resserrent vivement la poitrine. Les trois quarts des signes sont des cris de poulet mort. »
 
 
 
Au-delà de la provocation, il faut saisir la thèse d’Alain. 
Pour lui, un grand nombre des gestes du quotidien résulte simplement des dispositions du corps. Il ne s’agit pas d’y voir les signes d’un inconscient psychique qui nous dirigerait en permanence.
Les symptômes, censés être révélateurs de l’inconscient psychique selon Freud, sont réduits, aux yeux d’Alain, à l’état de mouvements corporels, sans intention de signification particulière.
En d’autres termes, ce sont des signes (ou des indications) qui manifestent effectivement telle ou telle disposition physiologique, mais qui n’expriment rien de significatif du point de vue psychique. Il n’y a pas de pensée cachée derrière.
C’est pourquoi Alain n’hésite pas à en conclure que la psychanalyse perd son temps à vouloir interpréter des « cris de poulet mort » (ne redites surtout pas cela, tel quel, dans un devoir, sans autre forme de précision... ;-)), c’est-à-dire voir de l’esprit où il n’y en a pas.
 
La psychanalyse consiste à se vouloir oracle de son propre corps. Alain a plusieurs fois souligné que la psychanalyse réinvestissait le lieu jadis occupé par les croyances dans la divination. L’être humain ne peut s’empêcher de rechercher un sens dans le moindre fait, qu’il s’agisse du vol des oiseaux, d’un rêve ou des entrailles d’un poulet mort...
 Dans cette perspective alinienne, le psychanalyste rejoint l’haruspice (les lecteurs de Lanfeust de Troy auront fait le rapprochement d’eux-mêmes ;-)).
 



Enfin, j’en profite pour vous indiquer cette page du site Alinalia où sont rassemblés de nombreux extraits directement en rapport avec le programme de philosophie pour les séries générales (le programme des séries technologiques n’ayant pas encore été mis à jour) :
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Inconscient
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