Mercredi 3 octobre 2007
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L’une des caractéristiques de l’inconscient psychique, tel que l’envisage la psychanalyse freudienne, est de ne pas avoir la même temporalité que la conscience.
À cette occasion, nous évoquons en cours ce que l’on appelle souvent le « rêve du guillotiné ».
Il a été rapporté par Alfred Maury (1817-1892, grand érudit français), qui avait entrepris d’observer ses rêves pour en établir les principes généraux :
« Mais un fait plus concluant pour la rapidité du songe, un fait qui établit à mes yeux qu’il suffit d’un instant pour faire un rêve étendu, est le suivant : J’étais un peu indisposé, et me trouvais couché dans ma chambre, ayant ma mère à mon chevet. Je rêve de la Terreur ; j’assiste à des scènes de massacre, je comparais devant le tribunal révolutionnaire, je vois Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville, toutes les plus vilaines figures de cette époque terrible ; je discute avec eux ; enfin, après bien des événements que je ne me rappelle qu’imparfaitement, je suis jugé, condamné à mort, conduit en charrette, au milieu d’un concours immense, sur la place de la Révolution ; je monte sur l’échafaud ; l’exécuteur me lie sur la planche fatale, il la fait basculer, le couperet tombe, je sens ma tête se séparer de mon tronc ; je m’éveille en proie à la plus vive angoisse, et je me sens sur le cou la flèche de mon lit qui s’était subitement détachée, et était tombée sur mes vertèbres cervicales, à la façon du couteau d’une guillotine. Cela avait eu lieu à l’instant, ainsi que ma mère me le confirma, et cependant c’était cette sensation externe que j’avais prise, comme dans le cas cité plus haut, pour point de départ d’un rêve où tant de faits s’étaient succédé. Au moment où j’avais été frappé, le souvenir de la redoutable machine, dont la flèche de mon lit représentait si bien l’effet, avait éveillé toutes les images d’une époque dont la guillotine a été le symbole. »
Alfred Maury, Le sommeil et les rêves (1865), chap. VI
de certaines déformations dues à ce traitement imparfait)
Bergson a participé à la renommée de ce récit, en le citant dans une de ses conférences sur le rêve :
« En quelques secondes, le rêve peut nous présenter une série d’événements qui occuperait des journées entières pendant la veille. Vous connaissez l’observation d’Alfred Maury : elle est restée classique, et, quoi qu’on en ait dit dans ces derniers temps, je la tiens pour vraisemblable, car j’ai trouvé des récits analogues dans la littérature du rêve. Mais cette précipitation des images n’a rien de mystérieux. Remarquez que les images de rêve sont surtout visuelles ; les conversations que le rêveur croit avoir entendues sont la plupart du temps reconstituées, complétées, amplifiées au réveil : peut-être même, dans certains cas, n’était-ce que la pensée de la conversation, sa signification globale, qui accompagnait les images. Or, une multitude aussi grande qu’on voudra d’images visuelles peut être donnée tout d’un coup, en panorama ; à plus forte raison tiendra-t-elle dans la succession d’un petit nombre d’instant. Il n’est donc pas étonnant que le rêve ramasse en quelques secondes ce qui s’étendrait sur plusieurs journées veille : il voit en raccourci (...) »
Bergson, L’énergie spirituelle, IV « Le rêve »
(Paris, P.U.F., 1919, 1966, p. 105-106)
Bergson, pas plus que Maury (mais cela va sans dire), n’est un partisan de la psychanalyse de Freud. Si ces trois penseurs s’accordent sur la rapidité de certains rêves, ils n’en donnent pas les mêmes raisons.
Bergson poursuit en étudiant la distinction entre la perception et la mémoire :
« [le rêve] procède, en définitive, comme fait la mémoire. À l’état de veille, le souvenir visuel qui nous sert à interpréter la sensation visuelle est obligé de se poser exactement sur elle ; il en suit donc le déroulement, il occupe le même temps ; bref, la perception reconnue des événements extérieurs dure juste autant qu’eux. Mais, dans le rêve, le souvenir interprétatif de la sensation visuelle fait que le souvenir n’y adhère pas ; le rythme de la mémoire interprétative n’a donc plus à adopter celui de la réalité ; et les images peuvent dès lors se précipiter, s’il leur plaît, avec une rapidité vertigineuse, comme feraient celles du film cinématographique si l’on n’en réglait pas le déroulement. Précipitation, pas plus qu’abondance, n’est signe de force dans le domaine de l’esprit : c’est le réglage, c’est toujours la précision de l’ajustement qui réclame un effort. Que la mémoire interprétative se tende, qu’elle fasse attention à la vie, qu’elle sorte enfin du rêve : les événements du dehors scanderont sa marche et ralentiront son allure, — comme, dans une horloge, le balancier découpe en tranches et répartit sur une durée de plusieurs jours la détente du ressort qui serait presque instantanée si elle était libre. »
(Ibid., p. 106-107)
Les TS3-4 doivent certainement retrouver plusieurs idées présentes dans le texte de leur premier devoir maison...
(Ce dernier dessin n’a pas grande pertinence avec ce qui précède, mais il m’amusait beaucoup... ;-))
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