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  • : Sur la rive... un blog en marge du cours de philosophie. Prendre le temps d'aborder différemment ce qui est vu en classe.
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Lycée Augustin Thierry, à Blois (41)

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Conscience

Dimanche 17 septembre 2006 7 17 /09 /2006 16:55
 
            « Tu es ce que tu es. Reste-le. Voie bien commode pour l’homme à qui il n’est jamais agréable d’être confronté à un absolu. (...) Remarquons d’ailleurs que l’homme ne dit jamais cette formule que dans une circonstance : quand il vient de faire une saloperie. Cette formule veut dire exactement : « Je me conduis comme un salaud ; mais qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? » Nous sommes toujours en présence d’un refus de mise en question de l’être, d’un refus de prendre en considération ce qui me conteste, d’une justification à l’état le plus animal qui soit mais cette attitude, de honteuse est devenue glorieuse. (...)
Jacques Ellul, Exégèse des nouveaux lieux communs, « On est ce qu’on est » (1966)
(Paris, éditions de la Table Ronde, 2004, p. 260-262)
 

 
« Bien sûr il tourne le dos à lui-même. Mais après tout, est-ce donc si important ? Il refuse assurément d’exercer sa conscience. Ma conscience « morale » ? me dira-t-il narquois. Point du tout. La conscience de soi. Car c’est là que le bât nous blesse malgré tout. Qui dit « On ne se refait pas » prétend s’accepter tel qu’il est, en pleine conscience et connaissance. Mais c’est justement un mensonge. S’il le dit, c’est justement qu’il ne s’accepte pas. (...) Et il prend les devants. Il ne s’accepte pas, alors il use de l’éminente sagesse des adjudants : « Je ne veux pas le savoir. » Je ne veux pas savoir qui je suis, et ce que je suis, tout simplement, je le suis. Ce n’est pas la peine de chercher au-delà. Je ne veux pas savoir ni ma mesure, ni ma responsabilité, ni ce que je suis appelé à être. Je marche, j’agis, je percute (et en me comportant en parfait extraverti, la science m’assure que je suis parfaitement normal) ; à quoi bon me regarder, me questionner, m’introspecter ? À quoi bon me mesurer ? et à quoi ? »
(Ibid., p. 262)
 

 
« Le grand mouvement qui me porte m’amène d’ailleurs à me fondre dans cet exaltant courant collectif, qui ne peut être que le progrès, qui m’assure à la fois de ma propre existence et de l’amélioration ultérieure de l’homme. ? Je n’ai pas à chercher à être mieux que je ne suis, car le mieux viendra nécessairement du progrès. Voici donc le fin mot de cette fière affirmation. Il s’agit d’une démission dans l’anonyme collectif dont j’attends d’être en quelque sorte débarrassé de moi-même. Peut-être faudrait-il alors légèrement rectifier la formule. Quand tu dis « On est ce qu’on est », tu veux dire en fait « Je suis le néant ». »
(Ibid., p. 262-263)
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Conscience
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Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /2006 19:12
 
            À quoi pense-t-on lorsqu’on ne pense à rien ? Cela revient-il à dire que l’on ne pense pas ?
 
            « On peut bien être quelque temps sans penser à soi-même : mais on ne saurait ce me semble subsister un moment sans penser à l’être ; et dans le même temps qu’on croit ne penser à rien, on est nécessairement plein de l’idée vague et générale de l’être. »
Nicolas Malebranche, De la Recherche de la vérité, III, ii, 8, § 1
(Œuvres complètes, Paris, Vrin-CNRS, 1991, I, p. 456)
 
            Pour Malebranche, non seulement je pense toujours plus à l’être qu’à moi, mais même quand je crois penser à l’opposé de l’être — c’est-à-dire au néant, au rien — c’est encore à l’être que je pense. La pensée du rien n’est pas une pensée du tout. Pourtant, j’ai déjà eu l’impression de ne penser à rien : de quoi s’agissait-il ?
 

            Malebranche, dans la lignée de Descartes, reprend la définition de l’âme comme substance pensante : il doit par conséquent refuser que l’âme ne pense pas toujours. Il explique ainsi que lorsque l’on croit ne penser à rien, cela ne signifie pas que l’on ne pense pas. En fait, on a l’impression que l’on ne pense à rien parce que la pensée s’ouvre sur l’idée de l’être en général.
            « L’idée générale de l’infini est inséparable de l’esprit, et elle en occupe entièrement la capacité, lorsqu’il ne pense point à quelque chose de particulier. Car quand nous disons que nous ne pensons à rien, cela ne veut pas dire que nous ne pensons pas à cette idée générale, mais simplement que nous ne pensons pas à quelque chose en particulier. »
Nicolas Malebranche, De la Recherche de la vérité, VI, i, 5
(Œuvres complètes, Paris, Vrin-CNRS, 1974, II, p. 285)
            Toute idée finie se découpe sur l’arrière-fond de l’idée de l’infini. Ne penser à rien, c’est ne penser à rien de particulier, donc penser à l’être en général.
 
            Malebranche illustre ce principe par une analogie entre l’esprit et un morceau de cire :
            « Enfin de même qu’un morceau de cire qui aurait mille côtés, et dans chaque côté une figure différente, ne serait ni carré, ni rond, ni ovale, et qu’on ne pourrait dire de quelle figure il serait : ainsi il arrive quelquefois qu’on a un si grand nombre de pensées différentes, qu’on s’imagine que l’on ne pense à rien. »
Nicolas Malebranche, De la Recherche de la vérité, III, i, 2, § 1
(Œuvres complètes, Paris, Vrin-CNRS, 1991, I, p. 390-391)
            En définitive, c’est parce qu’on pense à trop de choses à la fois que l’on croit ne penser à rien. L’esprit sature, et ne peut plus fixer son attention sur une idée particulière. En perdant toute précision, l’esprit ne saisit plus aucune forme sur le fond de l’idée de l’être en général.
 
            Malebranche poursuit en appliquant cette analogie au cas de l’évanouissement :
            « Cela paraît dans ceux qui s’évanouissent. Les esprits animaux [c’est-à-dire, selon la philosophie cartésienne, les éléments corpusculaires qui animent le corps en parcourant les nerfs] tournoyant irrégulièrement dans leur cerveau, réveillent un si grand nombre de traces, qu’ils n’en ouvrent pas une assez fort, pour exciter dans l’esprit une sensation particulière, ou une idée distincte : de sorte que ces personnes ne sentent rien de distinct, ce qui fait qu’ils s’imaginent n’avoir rien senti. »
(Ibid., p. 391)
 
            Croire ne penser à rien, c’est ne pas se rendre compte que l’on pense à l’infini. C’est une pensée indéterminée. La multitude de pensées produit l’impression (fausse) de l’effet inverse.
            Précisons toutefois que cette pensée informe n’est pas la meilleure façon de penser l’idée d’infini, selon Malebranche.
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Conscience
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Mardi 19 septembre 2006 2 19 /09 /2006 11:49
 
            « Je pense tout ce qui est pensé, tout ce qui est et tout ce qui peut être, tout le possible et l’impossible ; c’est pourquoi je ne puis penser que « je ne suis pas », comme Descartes a su le mettre au jour. Telle est sans doute la loi suprême de toute logique, puisque n’importe quelle pensée, même absurde, la suppose. Je ne suis qu’un ; car si je suis deux, l’un et l’autre c’est toujours moi ; et quand je me dédouble, il m’apparaît encore mieux que je ne suis qu’un ; car l’un est moi, et l’autre est moi. Je reste le même ; car si je suis tel, et puis autre, c’est toujours moi qui suis tel, et puis autre. Je ne saurai jamais que je suis autre, si ce n’est point moi, le même qui suis autre. »
Alain, Éléments de philosophie, III, 15
(Gallimard, Folio essai, 1990, 2003, p. 221)
 
            On retrouve dans ce texte les trois critères de l’identité personnelle, étudiés en cours : l’unité, l’ipséité et l’unicité.
 
            Alain a ici en vue au moins deux références, avec lesquelles il prend ses distances.
            D’une part, il poursuit sa critique de la psychanalyse freudienne, qui fait de l’inconscient psychique un autre « moi ».
            D’autre part, on ne peut s’empêcher de penser à la célèbre phrase de Rimbaud dans ses lettres dites du Voyant, à Georges Izambard (13 mai 1871) et à Paul Demeny (15 mai 1871) : « Je est un autre ».
 
            « De toute pensée je suis le sujet. Toute connaissance, toute expérience forme ainsi un tout avec toute connaissance et toute expérience ; que ce soit passé ou imaginaire il n’importe ; c’est d’abord et ensuite de moi et pour moi. »
(Ibid.)
 
            Ainsi l’unité du sujet assure-t-elle la continuité de l’expérience du monde.
            Mais Alain ne s’arrête pas à ce principe.
 
            « Je m’en tiens au Moi lui-même, et je le tiens bien. Mais réellement je ne tiens rien. Cette forme abstraite et inflexible du Je pense est indifférente à son contenu ; elle lie tout. Le rêve le plus étranger à moi est de moi puisque je m’en souviens. (...) C’est pourquoi il faut dire que le Moi psychologique est abstrait et sans puissance. Il peut se contredire ou se jouer de lui-même : l’unité formelle n’est jamais menacée un seul moment ; si différent de moi-même que je sois, c’est moi-même qui suis ce Moi-là et l’Autre. (...) L’unité est faite avant d’être comprise. (...) Mais puisque le Moi est ainsi impossible à rompre, d’avance impossible à rompre, étendu d’avance au-delà du possible, on voit bien qu’il y a beaucoup de différence entre un Moi et une Personne. Car il me semble que celui qui s’efforce de rester d’accord avec soi, exige de lui-même quelque chose de plus que l’identité abstraite du je pense. »
(Ibid., p. 222)
 
            Le Moi n’est donc pas — du moins, pas encore — une Personne.
            Tandis que le Moi n’est qu’un principe logique qui fonde et unifie toute pensée, la Personne est à construire : elle n’est pas donnée d’avance, et réclame un effort de la volonté pour se comprendre soi-même. Il s’agit notamment d’assumer la continuité de ses actes passés, et de se projeter dans l’avenir.
            C’est pourquoi le Moi peut se penser isolément des autres, alors que la Personne s’élabore dans son rapport à autrui.
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Conscience
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Mercredi 20 septembre 2006 3 20 /09 /2006 17:22
 
[Pour les TL, et prochainement pour les TS1. Quant aux TTI, bien que la conscience ne soit pas une notion de votre programme, cela vous concerne aussi.]
 
            Sartre critique la mauvaise foi, qui consiste à fuir la responsabilité de sa liberté en se cachant derrière un rôle. Être une personne authentique suppose au contraire d’abandonner tout rôle déterminé.
 
            Mais on pourrait se demander si la personne humaine n’est justement pas la somme de tous ces masques que l’on porte au gré des circonstances.
            Si l’on retire le masque, trouve-t-on le visage nu de la personne, ou simplement un autre masque ?
 

            L’idée de personne porte de nombreux sens. Étymologiquement, la persona vient de [per sonare], qui signifie résonner au travers. Elle désignait le masque du théâtre antique, au travers duquel jouaient les acteurs. On est donc passé du masque au rôle, pour parvenir à l’identité, qui implique la responsabilité.
 
            Pour Oscar Wilde, « l’homme est moins lui-même lorsqu’il parle en son propre nom. Donnez-lui un masque, et il vous dira la vérité » (Le critique comme artiste, in La vérité des masques. Essais et aphorismes, Editions Payot & Rivages, coll. Rivages Poches - Petite Bibliothèque, 2001, présenté par F. Dupuigrenet Desroussilles, trad. de J. Cantel, p. 112).
            L’art offre ce masque qui crée une distance, où peut davantage s’exprimer la liberté. Dans une perspective analogue, on vous connaît peut-être davantage par le biais de vos devoirs de philosophie que lorsque vous cherchez directement à parler de vous...
 
            Signalons au passage que, parmi les masques du quotidien, le pseudonyme prend son essor sur Internet. Les multiples blogs personnels ne sont qu’une nouvelle façon de se masquer aux autres pour leur parler autrement.
 
            Ainsi, paradoxalement, je me masque pour être vu — et non pas seulement pour ne pas être vu, comme on aurait pu le croire (cette ambivalence concerne également l’écran, qui à la fois cache et montre).
            Derrière les masques de la personne, peut-être n’y a-t-il personne.
 
            Terminons ce billet (qui ne traite qu’une petite partie du problème) par une question : de qui est la citation latine mise en titre, et que signifie-t-elle ?
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Conscience
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Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /2006 17:51
 
Ce qui se dit du masque peut se prolonger sur le maquillage.
 

            « En changeant le dessin des traits et en leur adjoignant de minces traces colorées, le maquillage modifie leur tonalité, il adoucit ou durcit, voile ou met en évidence. Ce faisant il dispense des touches non seulement sur le visage qu’il met en scène, mais aussi et surtout sur l’image que la femme souhaite donner aux autres. Et selon son ouvrage, il offre une image, mais dont il n’est pas tout à fait sûr que ce soit celle qu’elle voulait donner. Car l’ambivalence peut se glisser là aussi, comme dans tout ce qui a trait à la relation intime à l’image de soi. La séance de maquillage se déroule tout entière sur la scène de l’imaginaire. »
David Le Breton, Des visages. Essai d’anthropologie, chap. 6
(Paris, Éditions Métailié, Suites Sciences Humaines, 2003, p. 225)
 
            David Le Breton rappelle alors, dans les grandes lignes, les traditionnels jugements sur le maquillage.
            Sans compter ses accointances avec les métiers de la séduction, le maquillage fut longtemps considéré comme malsain : les substances employées étaient d’ailleurs souvent nocives pour la peau. Les soupçons ne tardent pas à s’éveiller : « La femme qui se farde doit probablement vouloir dissimuler quelque imperfection, car la beauté naturelle n’a besoin d’aucune retouche » (Ibid., p. 227).
            Mais, à l’inverse, « la femme qui n’est pas attentive aux soins de beauté est soupçonnée, au moins dans certains milieux, de dérogation à un lien social dont l’épaisseur se dissout et qui fait de l’apparence sa profondeur la plus grande. Surtout en ce qui concerne le visage, vulnérable au regard sans complaisance de l’autre » (p. 229).
 
            On en est ainsi venu à l’idée paradoxale d’un maquillage naturel :
            « (...) Un maquillage qui sublime la peau, se marie à l’épiderme, n’a pas pour objet de tromper, mais de révéler : on croirait une réfutation en règle des principales objections à sa pratique retenues par la tradition. Le maquillage accouche de la « vraie beauté », avec naturel car il se confond au corps, il est « authentique », et bien sûr, « il aide à être soi-même ». Formule magique de l’individualisme démocratique qui caractérise notre époque. » (p. 230)
 

            La question de l’image de soi, où l’on se montre en se cachant — et réciproquement —, renvoie à la conception que l’on se fait du corps.
 
            « (...) L’éloge du naturel repose sur un refoulement du corps, l’occultation de ses traces, de son vieillissement, de sa mort en suspension. Sublimer la peau est une manière élégante de dire qu’il faut effacer tout travail du corps. La modernité n’est guère hospitalière à la corporéité, elle la tolère pensée sur le modèle de la machine ou épurée de toute trace d’organicité. » (p. 230)
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Conscience
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Vendredi 22 septembre 2006 5 22 /09 /2006 18:13
 
            Dans sa Confession d’un philosophe, Marcel Conche a l’occasion de revenir sur son parcours intellectuel, pour étayer ses réflexions :
            « Un jeune homme de dix-huit ans [ou une jeune fille, ça va sans dire ; M. Conche se compare à ses anciens camarades] est, en général, ce que j’appellerai un homme « collectif » : il porte la marque de son milieu et des idées de son milieu, des idées aussi, des habitudes et des goûts des jeunes de son âge, et puis des rencontres, des découvertes qu’il a pu faire, des aventures qu’il a eues. Je ne fus jamais un homme collectif. Je fus, dès le début (...) un être humain singulier, et ainsi je n’ai guère eu de peine, tant que j’étais libre, à m’abstraire d’une société close et à faire le choix de la raison, c’est-à-dire de l’universel. Tout individu humain a vocation à devenir philosophe. Il y a pourtant, comme vous l’observez, bien peu de philosophes, l’homme, la plupart du temps, se laissant asservir aux valeurs de la collectivité : les succès de vanité, les situations de pouvoir, les récompenses d’honneur lui font oublier son essentielle vocation, s’oublier lui-même au bénéfice d’une image, d’un être-pour-autrui insubstantiel. Certes, je suis entré moi-même dans la société et le monde des intellectuels, m’y suis fait une place, mais je ne puis pas dire avoir jamais pris au sérieux les avantages de carrière ou d’honneur que l’on y gagne. »
Marcel Conche, Confession d’un philosophe, chap. XXI
(Paris, Éditions Albin Michel, 2003, p. 163)
 
            Ainsi la singularité de la personne n’apparaît-elle paradoxalement que lorsque l’on dépasse le collectif pour s’élever vers l’universel.
            L’homme collectif ne diffère de son voisin que par des particularités relatives et circonstanciées. Il s’imagine que le repli sur son individualité le « personnalise », alors qu’elle n’est qu’un reflet parmi d’autres de la société dans laquelle il vit. Lorsqu’il dit « je », c’est le « on » anonyme de la masse qui parle. Les quelques particularités auxquelles il s’accroche pour se distinguer des autres ne font que l’inscrire davantage dans le schéma général de la collectivité (en « personnalisant » par exemple ma sonnerie de portable, je ne fais que me couler dans un comportement de masse).
            Il faut pouvoir faire abstraction de ce cadre collectif pour se confronter aux problèmes universels qui sollicitent la raison de chaque être humain, en tout temps et en tout lieu. Ce n’est qu’au prix de cette négation préalable de lui-même qu’il pourra alors construire progressivement sa pensée personnelle.
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Conscience
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Samedi 23 septembre 2006 6 23 /09 /2006 11:16
 
            Internet participe-t-il à la déliquescence du sujet humain ? Ce réseau mondial constitue-t-il une gigantesque collectivité dans laquelle se dissout l'individu, ou au contraire une voie vers l’universalité, offerte à la personne humaine pour dépasser son point de vue limité et construire sa pensée ?
 
            Georges Picard fait la part des choses, et voit dans le Web un système qui peut être employé en bien ou en mal :
            « (...) la place du sujet dans le champ universel redevient une question chaude avec la mise en place d’Internet, système de communication privé de centre, qui tire sa transcendance des innombrables singularités d’émetteurs et de messages dont il se nourrit. Dans la nouvelle mythologie, Internet prend peu à peu le visage d’une structure qui s’émancipe, « machine » plus impalpable que Hal, le célèbre ordinateur en mal d’indépendance de 2001, odyssée de l’espace. On dit que le monstre subtil préparerait une nouvelle « disparition de l’homme » dans une version sophistiquée. S’il est vrai qu’avec le Web, l’individu communiquant n’est plus qu’un repère abstrait, un code parmi des millions d’autres échangeurs, c’est découvrir la lune que de s’en alarmer. Il y a bien longtemps que notre être social est encarté, codifié, listé, fiché. Internet n’efface pas plus le « sujet » qu’il ne le sauve. Au mieux, il produit une impression surfaite de solidarité planétaire dont on finira par comprendre qu’elle réduit notre espace mental par un effet de mimétisme généralisé. Les moins dociles n’en seront que plus tentés de choisir un positionnement original, un mode de vie, des valeurs et des buts singuliers, multipliant ainsi des « niches d’existence » comme les renards fabriquent leurs terriers. La ruse est, en effet, la meilleure façon de se tirer du piège du conformisme planétaire. Les outils de communication peuvent même y contribuer, ce qui n’est pas le moindre paradoxe de ces technologies ouvertes et extraordinairement souples qu’il sera possible de détourner vers des buts imprévisibles. »
Georges Picard, Tout m’énerve, chap. 11
(Paris, Librairie José Corti, 1997, p. 148-149)
 
            Ainsi n’avais-je pas prévu de prolonger un jour la classe de philosophie — société universelle — par un blog sur Internet, espace virtuellement planétaire.
 
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Conscience
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