Dimanche 17 septembre 2006
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« Tu es ce que tu es. Reste-le. Voie bien commode pour l’homme à qui il n’est jamais agréable d’être confronté à un absolu. (...) Remarquons d’ailleurs que l’homme ne dit jamais cette formule que dans une circonstance : quand il vient de faire une saloperie. Cette formule veut dire exactement : « Je me conduis comme un salaud ; mais qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? » Nous sommes toujours en présence d’un refus de mise en question de l’être, d’un refus de prendre en considération ce qui me conteste, d’une justification à l’état le plus animal qui soit mais cette attitude, de honteuse est devenue glorieuse. (...)
Jacques Ellul, Exégèse des nouveaux lieux communs, « On est ce qu’on est » (1966)
(Paris, éditions de la Table Ronde, 2004, p. 260-262)
« Bien sûr il tourne le dos à lui-même. Mais après tout, est-ce donc si important ? Il refuse assurément d’exercer sa conscience. Ma conscience « morale » ? me dira-t-il narquois. Point du tout. La conscience de soi. Car c’est là que le bât nous blesse malgré tout. Qui dit « On ne se refait pas » prétend s’accepter tel qu’il est, en pleine conscience et connaissance. Mais c’est justement un mensonge. S’il le dit, c’est justement qu’il ne s’accepte pas. (...) Et il prend les devants. Il ne s’accepte pas, alors il use de l’éminente sagesse des adjudants : « Je ne veux pas le savoir. » Je ne veux pas savoir qui je suis, et ce que je suis, tout simplement, je le suis. Ce n’est pas la peine de chercher au-delà. Je ne veux pas savoir ni ma mesure, ni ma responsabilité, ni ce que je suis appelé à être. Je marche, j’agis, je percute (et en me comportant en parfait extraverti, la science m’assure que je suis parfaitement normal) ; à quoi bon me regarder, me questionner, m’introspecter ? À quoi bon me mesurer ? et à quoi ? »
(Ibid., p. 262)
« Le grand mouvement qui me porte m’amène d’ailleurs à me fondre dans cet exaltant courant collectif, qui ne peut être que le progrès, qui m’assure à la fois de ma propre existence et de l’amélioration ultérieure de l’homme. ? Je n’ai pas à chercher à être mieux que je ne suis, car le mieux viendra nécessairement du progrès. Voici donc le fin mot de cette fière affirmation. Il s’agit d’une démission dans l’anonyme collectif dont j’attends d’être en quelque sorte débarrassé de moi-même. Peut-être faudrait-il alors légèrement rectifier la formule. Quand tu dis « On est ce qu’on est », tu veux dire en fait « Je suis le néant ». »
(Ibid., p. 262-263)
Par Sébastien Mallet
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Publié dans : Conscience
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