Présentation

  • : Sur la rive
  • : Sur la rive... un blog en marge du cours de philosophie. Prendre le temps d'aborder différemment ce qui est vu en classe.
  • Retour à la page d'accueil

Site du lycée

Lycée Augustin Thierry, à Blois (41)

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Société

Mercredi 17 janvier 2007 3 17 /01 /2007 00:19
 
Nous avons vu, avec Platon, quels dangers pouvait susciter la démocratie.
 
C.S. Lewis nous amène, dans son ouvrage Démo(n)cratiquement vôtre (Screwtape Proposes a Toast), à examiner les faiblesses, voire les vices, de la façon habituelle de parler approximativement de « démocratie ».
Il emploie un tour particulier consistant à rapporter le discours d’un démon à des élèves sur la meilleure manière de pervertir les hommes.

  
          « Démocratie est le mot dont vous devrez vous servir pour les mener par le bout du nez (...). Il ne leur viendrait jamais à l’esprit que le mot démocratie désigne en fait une doctrine politique, voire un système électoral, et que cela n’a qu’un rapport fort lointain et ténu avec ce que vous voulez leur vendre. Bien sûr, il ne faut pas non plus les laisser poser la question d’Aristote, si « l’attitude démocratique » est l’attitude souhaitée par les démocraties ou l’attitude qui contribue à la sauvegarde de la démocratie (...).
            Vous devriez utiliser ce mot uniquement comme formule incantatoire (...). C’est un nom qu’ils vénèrent. Et bien sûr, il est étroitement lié à l’idéal politique selon lequel tous les hommes devraient être traités de manière égale. À vous de vous arranger pour que, dans leur esprit, ils passent imperceptiblement de cet idéal politique à la conviction que tous les hommes sont égaux. »
C.S. Lewis, Démo(n)cratiquement vôtre
(Bâle, Editions Brunnen Verlag, 1985,
trad. fr. d’Étienne Huser, p. 17)
 
Le texte de Lewis pourrait être très mal interprété, en imaginant qu’il rejette l’idée de démocratie, ainsi que l’égalité entre les hommes.
En fait, il dénonce les dérives qu’une notion trop vague de démocratie entraîne. Condamner l’idée selon laquelle « les hommes sont égaux » repose sur la distinction entre le fait et le droit. En effet, si en droit les hommes sont égaux, dans les faits ils ne le sont pas, soit en raison de leur situation initiale, soit — et c’est ce que dénonce Lewis ici — parce qu’ils ne font aucun effort pour cela.
Lewis ne se contente d’ailleurs pas de critiquer la fausse notion de démocratie, il insiste aussi sur ce vice de la pensée qu’est la confusion : ne pas se donner les moyens de distinguer clairement les idées entre elles, c’est courir le risque de glisser, sans s’en rendre compte, d’erreur en erreur, vers la perte de toute autonomie de pensée et d’action.
D’où la nécessité d’une réflexion précise, telle que la philosophie l’exige, pour éviter ces approximations si pernicieuses.
 
Et n’oubliez pas que Lewis se sert ici d’une fiction qui rapporte les propos d’un démon chargé d’enseigner aux apprentis démons les moyens les plus efficaces pour corrompre les hommes. On a affaire à un texte subtil qui énonce des vérités au sujet de la situation actuelle et de ses risques, tout en soulignant le profit que peuvent en tirer les démons dans leur entreprise contre les humains. Il faut donc éviter deux grossières erreurs en lisant ces lignes : d’une part, prendre les propos tels quels comme s’ils énonçaient la conception littérale de Lewis ; d’autre part, croire que Lewis pense systématiquement le contraire de ce qui est dit.


D’après Screwtape — le démon qui était déjà le principal protagoniste d’un précédent ouvrage, intitulé Tactique du diable (Screwtape Letters, 1942) — il faut encourager une certaine forme de sentiment pour parvenir à de telles confusions.
            « Le sentiment en question est, bien sûr, celui qui pousse l’homme à dire : Je vaux tout autant que toi. 
            Le premier et le plus remarquable avantage de cette démarche est que vous incitez ainsi cet homme à fonder sa vie sur un bon et retentissant mensonge. Je ne veux pas seulement dire par là que ce qu’il affirme est faux — que sa bonté, son honnêteté et son bon sens n’égalent pas plus ceux d’autrui que sa taille ou son tour de taille. Je veux également dire qu’il ne le croit pas lui-même. Aucun homme qui déclare : Je vaux tout autant que toi ne le croit vraiment. Sinon, il ne le dirait pas. Jamais un saint-bernard ne dit pareille chose à un bichon, ni un savant à un sot, ni un salarié à un clochard, ni une jolie femme à un laideron. Les seuls êtres qui revendiquent l’égalité, ailleurs que dans l’arène politique, sont ceux qui ont à certains égards l’impression d’être inférieurs aux autres. » (Ibid., p. 18)
 
Ainsi, paradoxalement, la revendication personnelle d’une égalité absolue avec autrui est-elle révélatrice d’un sentiment — fondé ou non — d’inégalité. Cela suppose déjà une altération des facultés de jugement, puisque l’on n’est plus capable d’envisager la situation objectivement.
 
            « La fascinante nouveauté de notre époque est que vous pouvez innocenter ce vice [i. e. l’envie] — lui donner une certaine respectabilité ou même l’élever au rang des vertus — en utilisant le mot démocratique comme formule incantatoire. » (Ibid., p. 19)
 
La démocratie n’est pas mauvaise en elle-même ; c’est ce qui la motive qui peut la pervertir. Si elle est mise au service de l’envie, elle ravage la liberté elle-même.
 
            « Sous son influence, ceux qui, pour une raison ou une autre, se croient dans un état d’infériorité peuvent travailler avec plus d’ardeur et de succès que jamais à abaisser tout le monde à leur niveau. Mais ce n’est pas tout. Sous la même influence, ceux qui tendent vers la plénitude de l’être (ou en seraient capables) vont jusqu’à faire marche arrière, de peur d’être antidémocratiques. Je tiens de source sûre que de jeunes humains en arrivent parfois à étouffer dans l’œuf tout goût pour la musique classique ou la bonne littérature, parce que cela pourrait les empêcher d’être comme tout le monde (...). Ils pourraient (quelle horreur !) devenir des individus. » (Ibid.)
 
Lewis prend soin d’indiquer que cette dérive ne touche pas que les envieux : elle se propage, telle une épidémie, à ceux qui sont enviés, et qui craignent de passer pour des êtres singuliers.
Si les envieux sont coupables de céder à leur ressentiment, les autres ne le sont pas moins d’encourager une telle attitude par leur silence. On pourrait même dire que ces derniers sont doublement fautifs : non seulement ils ne combattent pas cette conception erronée sur la démocratie et l’égalité, mais ils se causent du tort à eux-mêmes en s’empêchant de progresser (alors que leur progrès n’aurait strictement rien changé au ressentiment des envieux, voire aurait pu leur servir éventuellement d’exemple pour s’élever au dessus de leur condition).
En définitive, que l’on soit envieux ou envié, on commet la même confusion sur l’idée d’égalité démocratique. Cette faute généralisée a pour origine une réflexion insuffisante sur l’idée d’égalité.
 
            « Et n’est-il pas plaisant de constater que la démocratie (au sens incantatoire du terme) est en train de faire pour nous [rappelons-le, les diables chargés de pervertir les hommes] le même travail, en utilisant les mêmes méthodes, que les grandes dictatures de l’antiquité ? Vous vous souvenez, sans doute, de ce dictateur grec (on les appelait « tyrans » à l’époque) qui dépêcha un envoyé auprès d’un autre dictateur pour lui demander conseil au sujet des méthodes de gouvernement. Ce dernier emmena l’envoyé dans un champ de blé et là, avec sa canne, se mit à décapiter tous les épis qui dépassaient les autres d’un ou deux centimètres. La leçon sautait aux yeux : ne tolère aucune prééminence parmi tes sujets. Ne laisse en vie aucun homme qui soit plus sage, plus droit, plus célèbre ou même plus beau que le commun des mortels. Abaisse-les tous au même niveau. Tous des esclaves, des numéros, des nullités. Tous égaux (...). Mais actuellement la « démocratie » peut avoir le même effet sans autre tyrannie que la sienne propre. Aujourd’hui, plus n’est besoin d’aller dans les champs avec une canne. Les petits épis rongent les extrémités des grands. Et les grands eux-mêmes se mettent à se ronger pour être comme les autres. » (Ibid., p. 20)
 
La fausse conception de l’égalité démocratique produit donc son contraire, à savoir une tyrannie d’autant plus dangereuse qu’elle n’est plus imposée par un tyran mais par le peuple lui-même. L’avantage (et c’est certainement le seul) de la tyrannie classique est que le peuple a au moins un adversaire précis à combattre en la personne du tyran. Mais vers quel ennemi se tourner lorsque l’on est soi-même responsable de la tyrannie que l’on s’inflige ?
Nous reprendrons cette idée, plus tard dans l’année, en deux occasions au moins :
- tout d’abord, avec le Discours de la servitude volontaire (également nommé le Contr’un) de La Boétie, qui montre dans quelle mesure le peuple est responsable, par son silence et sa passivité, de la tyrannie que le souverain lui impose ;
- ensuite, à propos de La démocratie en Amérique où Tocqueville analyse les processus démocratiques qui tendent à établir une dictature de la masse.
 


Le danger est d’autant plus grand qu’il contamine le système éducatif lui-même :
 
            « Le principe de base de la nouvelle pédagogie est le suivant : il ne faut à aucun prix que les cancres et les fainéants soient traités de façon à se sentir inférieurs aux élèves intelligents et appliqués. Ce serait tout à fait « antidémocratique ». Ces différences entre élèves — il s’agit purement et simplement de différences individuelles — doivent être camouflées. Au niveau universitaire, les examens doivent être conçus de telle façon que presque tous les étudiants obtiennent de bonnes notes. Les examens d’admission [comme le baccalauréat] doivent être conçus de telle façon que tous les citoyens (ou presque) puissent accéder à l’enseignement supérieur, qu’ils aient ou non les aptitudes ou une attirance pour ce genre de formation (...).
            Bref, une fois que cette mentalité du Je vaux tout autant que toi se sera vraiment imposée partout, nous aurons toutes raisons d’espérer l’effondrement même de l’éducation. Tout encouragement à l’étude et toute sanction dirigée contre ceux qui ne veulent pas apprendre seront supprimés. La poignée d’élèves qui voudront travailler en seront empêchés ; qui sont-il pour chercher à dépasser leurs camarades ? Les enseignants — ou devrais-je dire les nurses ? — seront de toute façon bien trop occupés à rassurer et à encourager les cancres pour gaspiller leur temps à donner de vrais cours. À ce moment-là, nous n’aurons plus besoin de nous creuser la tête et de nous évertuer à affliger les humains d’une imperturbable suffisance et d’une incurable ignorance. » (Ibid., p. 21-22)
 
Les démons, qui font preuve eux aussi de paresse, n’attendent qu’une chose : que les hommes se soient débrouillés pour se ruiner eux-mêmes, sans qu’il n’y ait plus besoin du moindre effort pour les mener à leur perte.
 
Je terminerai en rappelant le principe selon lequel les fautes vont par deux : une par excès, l’autre par défaut. La plupart du temps, les hommes pour en éviter une se précipitent dans l’autre.
Ce texte de Lewis ne doit pas conduire à faire l’apologie de l’inégalité entre les hommes, ni d’un système politique fondé sur une hiérarchie (dont il faudrait d’ailleurs trouver un critère pour la justifier).
La distinction essentielle, encore une fois, porte sur le fait et le droit : si les hommes sont égaux en droit, il ne s’agit pas d’imposer un nivellement égalitariste dans les faits ; à l’inverse, si les hommes sont inégaux dans les faits, il ne faut pas chercher à en faire un système de droit.
 
 
Ce billet est un peu plus long que les précédents, mais ceux qui auront fait l’effort de le lire en entier auront compris que deux ou trois courtes phrases n’auraient pas valu autant que ces quelques dizaines de lignes, qui elles-mêmes sont loin de valoir autant que la lecture de l’œuvre elle-même...
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 20 janvier 2008 7 20 /01 /2008 18:45
 
Dans toutes les classes, nous avons étudié l’Allégorie de la Caverne (République, VII), et nous avons évoqué à cette occasion quelques enjeux politiques de la conception platonicienne.

Nous les approfondirons plus tard dans l’année, mais il est déjà possible d’établir des liens avec la pensée d’Ortega y Gasset.
 
Le philosophe espagnol s’attache, dans La révolte des masses, à analyser le bouleversement radical qu’a connu l’humanité à partir de la seconde moitié du XIXème siècle.
Pour le dire rapidement, il constate que dans l’histoire, la société a toujours été « l’unité dynamique de deux facteurs, les minorités et les masses. Les minorités sont des individualités ou des groupes d’individus spécialement qualifiés. La masse est l’ensemble de personnes non spécialement qualifiées. »
José Ortega y Gasset, La révolte des masses (1929), chap. I
(Paris, Le Labyrinthe, 1983, 1986, p. 50)
 
Or, depuis la fin du XIXème siècle, la masse s’est installée au premier rang. Ortega prend soin de ne pas confondre la masse avec telle ou telle classe sociale : « la masse, c’est l’homme moyen » (Ibid.).
Pour Ortega, l’homme-masse actuel se caractérise par la médiocrité, c’est-à-dire la volonté de faire partie de la masse, en rejetant toutes les normes supérieures et objectives qui pouvaient légitimer une hiérarchie, ou du moins des distinctions reconnues par tous.
 
On pourrait alors être tenté de maintenir une différence nette entre les personnes qualifiées et celles qui ne le sont pas.
Mais Ortega montre que la mentalité de l’homme-masse s’est étendue jusqu’à ceux qui ont développé un savoir déterminé : les spécialistes.
« Car autrefois les hommes pouvaient se partager, simplement, en savants et en ignorants. Mais le spécialiste ne peut entrer en aucune de ces deux catégories. Ce n’est pas un savant, car il ignore complètement tout ce qui n’entre pas dans sa spécialité ; mais il n’est pas non plus un ignorant, car c’est un « homme de science » qui connaît très bien sa petite portion d’univers. Nous dirons donc que c’est un savant-ignorant, chose extrêmement grave, puisque cela signifie que c’est un monsieur qui se comportera dans toutes les questions qu’il ignore, non comme un ignorant, mais avec toute la pédanterie de quelqu’un qui, dans son domaine spécial, est un savant » (Ibid., chap. XII, p. 162).
 
Au delà de la portée polémique des termes choisis, on s’aperçoit qu’Ortega rejoint sur ce point la condamnation platonicienne à l’égard de ceux qui prétendent outrepasser leur domaine de compétence.
« — [Socrate :] (...) Nous avons posé en effet, et nous en avons parlé souvent si tu t’en souviens, que chacun devait exercer une fonction particulière parmi celles qui concernent la cité, celle-là même en vue de laquelle la nature l’a fait le mieux doué.
— [Glaucon :] C’est bien ce que nous disions.
— Et nous avons dit, de plus, que la justice consiste à s’occuper de ses tâches propres et à ne pas se disperser dans des tâches diverses (...) »
Platon, La République, IV, 432a
(GF, trad. fr. de G. Leroux, 2002, p. 237)
 

Platon et Ortega (comme bien d’autres, dont C.S. Lewis déjà évoqué ici sur la fausse égalité démocratique) soulignent les dangers de la confusion intellectuelle qui renonce à tout critère de distinction.

Ortega retrouve ces caractéristiques paradoxalement accrues chez le spécialiste :

« C’est ainsi que se comporte, en effet, le spécialiste. En politique, en art, dans les usages sociaux, dans les autres sciences, il adoptera des attitudes de primitif, de véritable ignorant, mais il les adoptera avec énergie et suffisance, sans admettre — voilà bien le paradoxe — que ces domaines-là puissent avoir eux aussi leurs spécialistes. En se spécialisant, la civilisation l’a rendu hermétique et satisfait à l’intérieur de ses propres limites ; mais cette même sensation intime de domination et de puissance le portera à vouloir dominer hors de sa spécialité. D’où il résulte que même dans ce cas qui représente le maximum de l’homme qualifié, et par conséquent le plus opposé à l’homme-masse, le spécialiste se comportera sans qualification, comme un homme-masse, et ceci dans presque toutes les sphères de la vie. »
José Ortega y Gasset, La révolte des masses, chap. XII (p. 162-163)
 
 
En revanche, Ortega ne suit absolument pas Platon dans son refus de la démocratie, ni dans la solution envisagée.
Pour Platon, la Cité juste doit être dirigée par une aristocratie philosophique.
« À moins que, dis-je, les philosophes n’arrivent à régner dans les cités, ou à moins que ceux qui à présent sont appelés rois et dynastes ne philosophent de manière authentique et satisfaisante et que viennent à coïncider l’un avec l’autre pouvoir politique et philosophie (...), il n’y aura pas (...) de terme aux maux des cités, ni, il me semble, à ceux du genre humain. »
Platon, La République, V, 473cd
 
Pour Platon, le pouvoir doit être confié aux philosophes non seulement parce qu’ils ont la compétence de l’universel mais aussi parce que ce pouvoir ne représente pas une fin désirable à leurs yeux.
« Si tu peux découvrir, pour ceux qui s’apprêtent à diriger, une vie meilleure que le pouvoir, tu peux alors faire advenir une cité bien administrée. C’est en effet dans cette cité seulement que dirigeront ceux qui sont réellement riches : riches non pas d’or, mais de cette richesse qui est nécessaire à l’homme heureux, c’est-à-dire une vie bonne et remplie de sagesse. Mais si ce sont des mendiants et des gens que leur vénalité porte vers des biens privés qui s’emparent des affaires publiques, croyant qu’il se trouve là du bien qu’il faut accaparer, alors ce ne sera pas possible. »
Platon, La République, VII, 520e-521a
 
 
Ortega se fait, au contraire, le défenseur d’une démocratie libérale — à la condition que les différences soient connues et respectées.
Il revient d’ailleurs sur le principe de Platon, pour l’infléchir vers un respect des places encore plus grand. Le philosophe doit lui aussi rester à sa place, en ne confondant pas l’universel (qui est son objet spécifique) et le général :
« Pour que la philosophie gouverne, il n’est pas nécessaire que les philosophes gouvernent — comme Platon le voulut d’abord — ni même que les empereurs philosophent. Rigoureusement parlant, ces deux choses sont très funestes. Pour que la philosophie gouverne, il suffit qu’elle existe, c’est-à-dire que les philosophes soient des philosophes. Mais depuis environ un siècle [Ortega écrit ceci en 1928-1929], ils sont tout sauf cela ; ils sont politiciens, pédagogues, littérateurs ou hommes de science. »
José Ortega y Gasset, La révolte des masses, chap. XIII (n. 1, p. 165-166)
 
Il ne s’agit pas que chacun s’enferme dans son rôle ; il faut faire en sorte — et les efforts sont lourds — de connaître les normes objectives qui déterminent les places respectives.
Autrement dit, on attend du spécialiste qu’il ait une culture générale et une réflexion globale sur son rôle dans la société. Cela lui permettra de ne pas se targuer de ses compétences dans son domaine de spécialisation pour intervenir dans ceux qu’il ne maîtrise pas.
 
« Le jour où l’Europe sera de nouveau gouvernée par une authentique philosophie, — seule chose qui puisse la sauver — on se rendra compte de nouveau que l’homme est — qu’il le veuille ou non — un être que sa propre constitution force à rechercher une instance supérieure. S’il parvient par lui-même à la trouver, c’est qu’il est un homme d’élite ; sinon, c’est qu’il est un homme-masse et qu’il a besoin de la recevoir de l’homme d’élite. »
José Ortega y Gasset, La révolte des masses, chap. XIII (p. 165-166)
 
Par Sébastien Mallet - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus