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  • : Sur la rive... un blog en marge du cours de philosophie. Prendre le temps d'aborder différemment ce qui est vu en classe.
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Lycée Augustin Thierry, à Blois (41)

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Mardi 9 janvier 2007
 
[Pour les TL]
 

Voici l’extrait d’Alice de Lewis Carroll évoqué en cours sur la façon dont il ne faut pas comprendre la thèse de l’arbitraire du langage.
 
            « « Je ne sais pas ce que vous entendez par « gloire », dit Alice.
            Heumpty Deumpty sourit d’un air méprisant.
            « Bien sûr que vous ne le savez pas, puisque je ne vous l’ai pas encore expliqué. J’entendais par là : « Voilà pour vous un bel argument sans réplique ! »
            « Mais « gloire » ne signifie pas « bel argument sans réplique », objecta Alice.
            « Lorsque moi j’emploie un mot, répliqua Heumpty Deumpty d’un ton de voix quelque peu dédaigneux, il signifie exactement ce qu’il me plaît qu’il signifie... ni plus, ni moins. »
            « La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire. »
            « La question, riposta Heumpty Deumpty, est de savoir qui sera le maître... un point c’est tout. » »
(Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir et de ce qu’Alice y trouva
in Tout Alice, GF, trad. fr. par H. Parisot, p. 281)
 
Heumpty Deumpty emploie les mots de façon totalement arbitraire, c’est-à-dire comme il le souhaite.
Or, d’un point de vue linguistique, si une langue est arbitraire, c’est avant tout parce qu’il n’y a pas de lien fondé entre le signifiant et le signifié. En d’autres termes, on dit qu’elle est arbitraire pour refuser une origine fondée sur une imitation naturelle.
 
 
Je profite de cette référence à Heumpty Deumpty pour vous renouveler mes vœux de bonne année. C’est en effet lui — et non le Chapelier et le Lièvre de Mars, comme dans la version de Disney — qui apprend à Alice ce qu’est un non-anniversaire.
Mais, tandis que les non-anniversaires se célèbrent tous les jours de l’année à l’exception d’un seul, les non-vœux de réussite scolaire n’auront de sens qu’une fois les résultats du baccalauréat parus (et devront de nouveau céder leur place lorsque vous débuterez vos études supérieures, c’est-à-dire le lendemain des résultats ;-)).

Mes non-vœux de réussite scolaire correspondront donc à mes félicitations début juillet. En attendant, passez une excellente année.

Par Sébastien Mallet
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Jeudi 11 janvier 2007
 
            La réflexion sur le sens, dans le cours sur le langage, nous a amenés à aborder la question de ce que l’on appelle l’intelligence artificielle, ainsi que les difficultés soulevées par la traduction informatique.
            Voici un premier lien qui récapitule plusieurs de ces problèmes de traduction, mais aussi certains efforts pour tenter de les pallier.
 
            L’intelligence artificielle est une appellation abusive, qui provient des espoirs (trop) optimistes des premiers chercheurs en ce domaine.
            Bernard Werber, dans son Livre secret des fourmis, présente une énigme qui fait appel à l’intelligence du sens, inaccessible à un ordinateur :
            « Énigme : En cours d’informatique, on cite parfois une énigme que peut résoudre un être humain et que pour l’instant aucun ordinateur ne peut résoudre. La voici. Un homme demande à un autre les âges de ses trois filles.
            L’autre répond : « La multiplication de leurs trois âges donne le nombre trente-six. »
            — Je n’arrive pas à déduire leur âge ! répond le premier.
            — L’addition de leurs âges donne le même nombre que celui qui est inscrit au-dessus de ce porche, juste en face de nous.
            — Je n’arrive toujours pas à répondre ! dit le premier.
            — L’aînée est blonde.
            — Ah oui, évidemment, je comprends leurs âges respectifs maintenant.
            Comment a-t-il fait ? Tout simplement en raisonnant comme un humain. »
B. Werber, Le Livre secret des fourmis
(Éd. J’ai lu, 1993, p. 73-74)
 
 
            J’interromps ici la citation car vous seriez sans doute frustrés de lire immédiatement la réponse sans avoir eu la possibilité de chercher la solution par vous-mêmes... ;-)
 
            Commencez donc par chercher les huit opérations possibles dont le produit de trois nombres entiers donne trente-six. Et poursuivez la réflexion...
 
            ... Sinon, allez voir ici.
 
Par Sébastien Mallet
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Mardi 13 février 2007
 
Big Brother, l’État totalitaire imaginé en 1948 par George Orwell dans son roman d’anticipation 1984, ne se contente pas de surveiller en permanence les individus.
Le « novlangue » (c’est-à-dire la nouvelle-langue) est développé pour contrôler et restreindre leurs pensées.

 
Voici le discours que Syme, l’un des responsables du dictionnaire de novlangue, adresse à Winston, le personnage principal, qui a décidé de résister secrètement :
 
            « Vous croyez, n’est-ce pas, que notre travail principal est d’inventer des mots nouveaux ? Pas du tout ! Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os. La onzième édition ne renfermera pas un seul mot qui puisse vieillir avant l’année 2050. (...) C’est une belle chose, la destruction des mots. Naturellement, c’est dans les verbes et les adjectifs qu’il y a le plus de déchets, mais il y a des centaines de noms dont on peut aussi se débarrasser. Pas seulement les synonymes, il y a aussi les antonymes. Après tout, quelle raison d’exister y a-t-il pour un mot qui n’est que le contraire d’un autre ? Les mots portent en eux-mêmes leur contraire. Prenez « bon », par exemple. Si vous avez un mot comme « bon » quelle nécessité y a-t-il à avoir un mot comme « mauvais » ? « Inbon » fera tout aussi bien, mieux même, parce qu’il est l’opposé exact de bon, ce que n’est pas l’autre mot. Et si l’on désire un mot plus fort que « bon », quel sens y a-t-il à avoir toute une chaîne de mots vagues et inutiles comme « excellent », « splendide » et tout le reste ? « Plusbon » englobe le sens de tous ces mots, et, si l’on veut un mot encore plus fort, il y a « doubleplusbon » [On pourrait aussi dire « tropbon », ou « gravebon »...]. Naturellement, nous employons déjà ces formes, mais dans la version définitive du novlangue, il n’y aura plus rien d’autre. En résumé, la notion complète du bon et du mauvais sera couverte par six mots seulement, en réalité un seul mot. Voyez-vous, Winston, l’originalité de cela ? Naturellement, ajouta-t-il après coup, l’idée vient de Big Brother.
            Au nom de Big Brother, une sorte d’ardeur froide flotta sur le visage de Winston. Syme, néanmoins, perçut immédiatement un certain manque d’enthousiasme.
            — Vous n’appréciez pas réellement le novlangue, Winston, dit-il presque tristement. Même quand vous écrivez, vous pensez en ancilangue [= ancienne langue]. J’ai lu quelques-uns des articles que vous écrivez parfois dans le Times. Ils sont assez bons, mais ce sont des traductions. Au fond, vous auriez préféré rester fidèle à l’ancien langage, à son imprécision et ses nuances inutiles. Vous ne saisissez pas la beauté qu’il y a dans la destruction des mots. Savez-vous que le novlangue est la seule langue dont le vocabulaire diminue chaque année ?
            Winston l’ignorait, naturellement. Il sourit avec sympathie, du moins il l’espérait, car il n’osait se risquer à parler.
            Syme prit une autre bouchée de pain noir, la mâcha rapidement et continua :
            — Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées. (...) Vers 2050, plus tôt probablement, toute connaissance de l’ancienne langue aura disparu. Toute la littérature du passé aura été détruite. Chaucer, Shakespeare, Milton, Byron n’existeront plus qu’en versions novlangue. Ils ne seront pas changés simplement en quelque chose de différent, ils seront changés en quelque chose qui sera le contraire de qu’ils étaient jusque-là. »
George Orwell, 1984, chap. V
(Folio, trad. fr. par A. Audiberti, 1990, p. 78-80)
 
Orwell a consacré un appendice aux principes du novlangue :
 
            « Le vocabulaire du novlangue était construit de telle sorte qu’il pût fournir une expression exacte, et souvent très nuancée, aux idées qu’un membre du Parti pouvait, à juste titre, désirer communiquer. Mais il excluait toutes les autres idées et même les possibilités d’y arriver par des méthodes indirectes. L’invention de mots nouveaux, l’élimination surtout des mots indésirables, la suppression dans les mots restants de toute signification secondaire, quelle qu’elle fût, contribuaient à ce résultat.
            Ainsi le mot libre existait encore en novlangue, mais ne pouvait être employé que dans des phrases comme « le chemin est libre ». Il ne pouvait être employé dans le sens ancien de « liberté politique » ou de « liberté intellectuelle ». Les libertés politique et intellectuelle n’existaient en effet plus, même sous forme de concept. Elles n’avaient donc nécessairement pas de nom. » (p. 422)
 
Vous pouvez donc déterminer en quel sens Orwell fournit des illustrations intéressantes pour développer la thèse du lien entre la pensée et le langage, que l’on a étudiée en cours.
 
            « Ainsi tous les mots groupés autour des concepts de liberté et d’égalité étaient contenus dans le seul mot penséecrime, tandis que tous les mots groupés autour des concepts d’objectivité et de rationalisme étaient contenus dans le seul mot antipensée. » (p. 429-430)
 

Sans entrer plus avant dans le détail de cette œuvre que je vous invite une nouvelle fois à lire, je citerai un autre principe du novlangue, qui rejoint par certains traits, la pratique actuelle de la « communication » :
            « Au ministère de la Vérité [il va sans dire qu’il ne s’agit que d’une appellation trompeuse], par exemple, le Commissariat aux Archives où travaillait Winston s’appelait Comarch, le Commissariat aux Romans Comrom, le Commissariat aux Téléprogrammes Télécom [sic !] et ainsi de suite.
            Ces abréviations n’avaient pas seulement pour but d’économiser le temps. Même dans les premières décennies du XXème siècle, les mots et phrases télescopés avaient été l’un des traits caractéristiques de la langue politique, et l’on avait remarqué que, bien qu’universelle, la tendance à employer de telles abréviations était plus marquée dans les organisations et dans les pays totalitaires. Ainsi les mots : Gestapo, Comintern, Imprecorr, Agitprop. Mais cette habitude, au début, avait été adoptée telle qu’elle se présentait, instinctivement. En novlangue, on l’adoptait dans un dessein conscient.
            On remarqua qu’en abrégeant ainsi un mot, on restreignait et changeait subtilement sa signification, car on lui enlevait les associations qui, autrefois, y étaient attachées. (...) Comintern est un mot qui peut être prononcé presque sans réfléchir tandis que Communisme International est une phrase sur laquelle on est obligé de s’attarder, au moins momentanément. » (p. 432-433)
 
 
Le questionnaire sur votre rapport à l’écrit a (pour l’instant en tout cas) suscité au moins une réaction unanime : le refus catégorique — parfois à la limite de l’indignation ;-) — de tout projet de réforme du français.
Vous n’êtes apparemment pas (encore) disposés à parler le novfran, et c’est très rassurant. Reste à savoir dans quelle mesure vous participez, au quotidien, à l’entretien du français.
 
Avez-vous des exemples particuliers de menaces d’une telle dérive manipulatrice et réductrice du langage ?
 
Par Sébastien Mallet
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Mercredi 14 février 2007
 
À la suite du billet sur le novlangue, une amie (que je remercie pour sa rapidité et son acribie :-)) m’a fait part de l’ouvrage de Victor Klemperer, LTI, la langue du Troisième Reich. Carnets d’un philologue, qui offre une illustration parfaite de l’utilisation totalitaire de la langue.
Lisez le compte-rendu de ce livre qui donne un aperçu très clair des grandes lignes et des enjeux de ce procédé nazi.
 
Par Sébastien Mallet
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Vendredi 2 mars 2007
Dans le prolongement du billet sur les moutons de Google, voici un lien sur la prise en compte des fautes d’orthographe dans les recherches des internautes :
 
Il est conseillé de savoir écrire le nom du thème que l’on recherche, étant donné qu’un programme informatique n’a accès qu’à des codes symboliques, non aux sens des mots.
Pourtant, certaines agences de référencement des sites Internet tiennent compte des fautes pour mieux diriger les demandes.
Jean-François Longy, directeur général de l’agence de référencement Cybercité, classe les fautes en quatre grandes catégories :
- les fautes d’orthographe et de syntaxe au sens strict
- les fautes dites culturelles (comme l’écriture SMS)
- les fautes de frappe
- les fautes liées aux noms de marques ou à la géographie.
 
L’intérêt de cette classification est de faciliter l’accès au public concerné par tel ou tel site. En effet, on peut répartir les internautes en fonction des fautes qu’ils commettent.
Les sites intègrent donc de plus en plus, dans leurs listes de mots-clé, les fautes susceptibles d’être commises par leur « cible » privilégiée.
Dis-moi quelles sont tes fautes, je te dirai qui tu es ;-)
 
 
De là à en conclure qu’on trouvera plus rapidement ce que l’on cherche en faisant les fautes appropriées, il n’y a pas loin...
 
Par Sébastien Mallet
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Vendredi 16 mars 2007
 
Le Garde-mots propose une démarche à la fois amusante et intéressante, qui consiste à établir la Déclaration universelle des Droits des Mots.

J’aime particulièrement les articles suivants :
 
Article 14 : « Tout mot a le droit de circuler librement à l’intérieur d’une conversation, d’un discours ou d’un écrit. Tout mot a le droit de quitter l’esprit ou la mémoire d’une personne qui ne serait pas compétente pour l’utiliser ou qui n’en aurait pas l’usage, et d’y revenir quand les circonstances lui sont de nouveau favorables. »
 
Article 16 : « Tout mot a droit à la liberté d’association. Nul ne peut le contraindre à l’isolement linguistique ou à la réalisation d’une alliance qu’il n’aurait pas désirée. »
 
Article 18 : « Tout mot a droit à la liberté de changer de paradigme ou de définition ainsi que le droit de résister à un emploi abusif. L’antisémantisme est formellement identifié comme contraire aux lois lexicologiques. »
 
À vous de voir en quel sens cette Déclaration permettrait de lutter contre le novlangue.
 
Puisque nous allons étudier la notion de loi, vous pouvez également confronter ce texte avec celui de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.
 
Par Sébastien Mallet
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Dimanche 13 janvier 2008
 
Ces quelques pages de Louis Lavelle (philosophe français ; 1883-1951) offrent aux TL l’opportunité de retrouver plusieurs perspectives étudiées en cours et de s’assurer de leur compréhension.
Mais c’est également l’occasion pour les autres (qui n’ont pas la notion du langage au programme) de voir comment la pensée ne s’isole pas de la pratique de la langue.
Les enjeux de cette relation entre la pensée et le langage ne sont pas que théoriques (pour connaître le fonctionnement de l’esprit humain), mais aussi pratiques : l’appauvrissement de la langue constitue une menace pour la liberté en société.
 
 
            « On s’est toujours plaint de l’écart qui sépare la pensée du langage ; on a toujours opposé la richesse et la vie, le caractère personnel et créateur de l’une à l’indigence, à l’inertie, à l’usure anonyme de l’autre. Bergson plus qu’aucun autre a insisté sur cette disconvenance qui rend toute pensée proprement inexprimable par le langage, et qui l’oblige à faire un perpétuel effort pour vaincre ses résistances et pour le régénérer.
            Cependant s’il est vrai que les vertus de la pensée ne s’éprouvent précisément que par le langage, si elle n’est rien de plus, avant de s’exprimer, qu’une virtualité impuissante, dès qu’elle y parvient elle hausse le langage jusqu’à elle, elle l’anime et fait paraître en lui des possibilités inconnues. Leur union est toujours imparfaite et précaire ; mais leur séparation ne peut même pas être imaginée. Dans cette mystérieuse symbiose, l’une a besoin de l’autre pour prendre corps, mais ce corps n’a de vie que celle que l’autre lui donne. Le langage sans doute paraît pauvre et raide et commun en comparaison de la pensée dont la subtilité, la souplesse, la puissance de renouvellement sont proprement sans limites.
            Mais cette condamnation du langage ne doit pas être trop sommaire : car ses ressources sont elles-mêmes incomparables. Les mots qui ont passé pendant des siècles de bouche en bouche se sont, dit-on, usés comme une monnaie ; mais l’usage ne les a pas seulement usés, il les a chargés de sens ; il leur a donné une densité et une plénitude, une multiplicité d’acceptions et de résonances associées et mêlées les unes aux autres qu’il nous est impossible de retrouver, ni d’épuiser. Le langage contient sous une forme latente toutes les puissances qu’a accumulées en lui l’expérience des siècles, toutes les idées, tous les sentiments, toutes les espérances qui ont traversé la conscience humaine.
            Le langage est la mémoire de l’humanité : il conserve toutes ses acquisitions. Il est infiniment plus riche que la pensée d’aucun individu : il y a donc en lui une fécondité dont nul être au monde n’arrivera jamais à prendre la mesure. Il est le passé présent, le passé de tous les êtres qui ont incarné en lui leurs pensées les plus hautes et les plus familières. Jusque dans l’inflexion et la résonance de chaque mot, on trouve la trace de tous les états d’âme qu’il a servi à traduire. Et quand on dit du mot qu’il suggère plus encore qu’il n’exprime, c’est pour évoquer non pas seulement tout ce passé qu’il agglutine, mais tout un futur qu’il porte déjà en lui et qu’il n’est point encore parvenu à susciter. Ainsi dans l’instantané le mot traverse le temps : il est, si l’on peut dire, le trait d’union, dans notre pensée elle-même, entre le passé et l’avenir, entre le possible et l’accompli. »
Louis Lavelle, La parole et l’écriture, chap. II, § 1
(Paris, L’Artisan du livre, 1942, p. 27-29)
 
 
Questions de lecture :
- Comment Lavelle qualifie-t-il la pensée vécue en dehors du langage ? Dans quelle mesure s’éloigne-t-il de la conception de Bergson ?
- En quoi Lavelle ne se contente-t-il pas de reprendre le lieu commun des mots « usés comme une monnaie » ?
- Qu’implique l’idée selon laquelle le mot est « le trait d’union, dans notre pensée elle-même, entre le passé et l’avenir » ? À quel texte de Bergson (présent dans le manuel Les chemins de la pensée) cette expression du « trait d’union » renvoie-t-elle ? Quelle est la différence essentielle ?
 
Par Sébastien Mallet
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