Mardi 12 décembre 2006
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Après Pluton, les Enfers : Lucrèce, à la suite d’Épicure, a critiqué leur emplacement traditionnel.
« Tous ces supplices que la légende place dans les profondeurs de l’Achéron, c’est dans notre vie, en vérité que nous les trouvons tous. Le malheureux Tantale qui, à ce qu’on raconte, tremble de crainte sous un énorme rocher suspendu dans l’air et que paralyse une terreur sans objet n’existe pas : ce qu’il y a, c’est, dans cette vie, de hommes tourmentés par la crainte des dieux et qui ont peur des coups que le sort réserve à chacun d’eux. »
Lucrèce, De la nature des choses, III
Lucrèce passe ainsi en revue diverses figures de la mythologie, pour montrer que ces supplices ne sont pas imaginaires, mais que ce sont les hommes qui se les infligent à eux-mêmes durant leur vie.
« De même, repaître sans répit notre âme insatiable, la combler de choses désirées sans la contenter jamais, ainsi que le font pour nous les saisons lorsque, revenant chaque année, elles nous apportent les fruits de la terre et leurs agréments variés sans que jamais nous soyons comblés par les joies de la vie, c’est là, je pense, le supplice de ces jeunes filles condamnées, dans la fleur de leur âge, à porter de l’eau, selon la légende, dans un vase sans fond qu’il n’y a aucun moyen de remplir. Que dire maintenant de Cerbère, des Furies, des ténèbres, du Tartare vomissant de ses gorges des flammes terrifiantes, qui n’existent nulle part et, certes, ne peuvent exister ? Mais il y a dans la vie, pour d’insignes forfaits, une peur insigne du châtiment, et l’expiation du crime : cachot, horrible chute du haut de la Roche, verges, bourreaux, carcan, poix, fer rouge, torches. Et même en l’absence de ces supplices, l’âme que la pensée de ses fautes remplit d’appréhension se frappe elle-même de l’aiguillon, s’inflige la brûlure du fouet, et ceci sans qu’elle voie quel peut être le terme de ses maux, ni comment il sera mis fin aux châtiments qu’elle endure, mais craignant au contraire que ses tourments ne s’aggravent encore dans la mort. En un mot, c’est ici-bas que la vie devient, pour les insensés, un Enfer. » (Ibid.)
La vie est un enfer pour « les insensés », mais pour eux seulement, car le sage épicurien a appris à considérer avec raison ses désirs afin de parvenir à l’aponie et à l’ataraxie, devenant sur ce point « comme un dieu parmi les hommes » (Lettre à Ménécée). Autrement dit, pour le sage, le paradis est en cette vie.
Par Sébastien Mallet
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Publié dans : Désir
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