Les moutons de Google

Publié le par Sébastien Mallet

 
La raison n’a pas seulement pour rôle de découvrir de nouvelles connaissances, il lui faut également savoir les organiser entre elles.
 
Il n’est donc pas inutile de s’interroger sur les critères retenus par un moteur de recherche, censé nous donner le meilleur accès possible à cette gigantesque réserve d’informations qu’est Internet.
 
C’est pourquoi je vous recommande vivement la lecture de ces quelques pages, qui relèvent certaines difficultés posées par le plus répandu : Google.
 
Le premier lien conduit vers un excellent article de Pierre Lazuly, « Le monde selon Google », publié dans le Monde diplomatique qui présente très clairement les principes de Google, ainsi que les dérives possibles.

 
Plusieurs études très intéressantes sur Google ont été menées par Jean Véronis, professeur de linguistique et informatique à l’université d’Aix-Marseille 1, que l’on peut suivre sur son remarquable blog aixtal consacré aux technologies du langage (n’hésitez pas à vous y promener, vous aurez d’heureuses surprises — notamment en catégorie « Récré » ;-)).
 Je ne vais pas vous indiquer ici tous les billets consacrés à la question de Google.
En voici simplement deux :
- le premier donne le classement des moteurs de recherche en fonction de leur pertinence ;
- le second offre, avec la recherche sur le mot « femme », un exemple caractéristique des dérives dans les définitions rapidement accessibles sur ce moteur.
 
 Lorsque l’on sait à quel point les recherches d’informations se multiplient sur Internet (voire sont privilégiées par les lycéens et les étudiants), ces mises en garde sont salutaires.
Google est un moteur fondé sur la fréquentation, ce qui l’expose aux principaux dangers des mouvements de masse.
Il a même ce caractère pernicieux de laisser croire à une forme d’objectivité puisqu’il n’est qu’un outil informatique (donc indifférent, à première vue, à toute orientation subjective).
En fait, il n’y a rien de plus subjectif que Google puisque son classement est avant tout celui de la majorité (sans compter les accords financiers pour les liens commerciaux). Or, le site le plus fréquenté ne sera pas forcément le meilleur.
Google est un moteur efficace, mais grégaire. Il n’échappe pas, à ce titre, aux techniques de manipulation.
 

 
Si le titre de ce billet rapproche Google et Panurge, c’est bien évidemment en référence à leur utilisation du grégarisme. Mais ce personnage de Rabelais a aussi un nom évocateur : « Pan-urge » est « celui qui fait tout », non sans ruse...
Lorsque Pantagruel le rencontre pour la première fois et lui demande de se présenter, Panurge lui répond en de nombreuses langues, ce qui déroute complètement le pauvre Pantagruel (Pantagruel, chap. IX).
La multiplication des savoirs n’est qu’un poids écrasant si l’on ne sait pas chercher avec ordre et précision.
 
Il est donc capital de garder à l’esprit les limites de l’outil que nous employons quotidiennement (moi le premier).
N’oubliez pas qu’un travail de recherche sérieux suppose de nombreux recoupements : c’est valable non seulement pour les moteurs de recherche entre eux, mais aussi pour le contenu des pages web elles-mêmes (quelles qu’elles soient).
 
 
Enfin, puisque les techniques pour agir sur la masse ne se limitent pas aux sites virtuels, mais ont avant tout des enjeux politiques, vous constaterez que de nombreux billets du blog aixtal reviennent sur les discours de campagne des candidats à l’élection présidentielle de 2007.
Après le cours sur le langage (pour les TL) et la raison (pour tout le monde), ainsi que le billet sur le novlangue, vous ne serez pas surpris de l’attention qu’il faut porter au choix des mots des candidats.
Prenez le temps (et cela tombe bien, vous l’avez ;-)) de lire les analyses des propos des candidats pour mieux comprendre les mécanismes — délibérés ou non — des différentes stratégies politiques mises en place.
 

Publié dans Raison

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