Le temps de la Toussaint

Publié le par Sébastien Mallet

 
            « Il n’est pas étonnant que la Toussaint et la fête des morts, qui ne sont qu’une seule fête en deux pensées, se trouvent placées en ce moment de l’automne où il est clair que tout se défait, et que rien ne s’annonce encore. Tout s’efface par cette pluie infatigable, mais tout n’est pas effacé ; ces feuilles retournent aux éléments, mais elles signifient encore ce qu’elles furent. Ainsi notre pensée remonte contre le temps et médite sur l’irréparable. Et, parce que le spectacle des choses règle nos pensées bien plus que nous ne croyons, nous voilà à commémorer. »
Alain, Propos sur la nature, 1ère partie, § 11, 1er novembre 1926
 
L’automne est un temps de mémoire, où l’on retient ce qui pourtant s’efface. La pensée a ce remarquable pouvoir de dépasser la simple perception des choses présentes pour considérer leurs signes.
Se remémorer, c’est faire vivre les signes de ce qui est mort : ils indiquent la présence d’une absence.
 
Parmi les signes, l’écriture occupe le premier rang. C’est ainsi que ce qu’Alain écrivait il y a tout juste quatre-vingts ans reste vivant pour qui prend la peine de relire ce qui sinon s’efface.
 
Alain poursuit en indiquant quel type de mémoire avoir envers les morts.
 
« Il faut que les morts cessent d’être morts ; car être mort n’est rien. Ce devoir de penser aux morts, mais comme à des êtres vivants et réels, conduit fort loin. D’autant que cette charité, qui veut qu’on les retrouve en leur puissance d’exister, en leur vertu au sens plein du mot, ne trouve pas ici cette apparence que les vivants tendent toujours. Les morts ne font plus de fautes. La commémoration va donc à purifier, à glorifier, ce qui est bien mieux que pardonner. Il ne nous faut maintenant qu’un peu d’attention, et d’attention à ceci que ce n’est jamais par leur puissance d’être que les hommes sont méchants, mais plutôt par les blessures de rencontre ; ainsi leur méchanceté n’est point d’eux ; c’est comme un malheur qu’ils ont rencontré. Ou bien c’est un vêtement qui s’est posé, non point attaché à eux. Et c’est leur être propre que nous voulons retrouver. C’est donc le temps de laver et purifier en notre esprit les images chères, à l’imitation de cette pluie infatigable. » (ibid.)
 
Pour ces vacances, le brouillard a remplacé la pluie, mais l’idée reste valide car la brume estompe elle aussi les contours.
Toutefois, l’arrivée de la pluie vous permettrait de mieux méditer sur ces lignes, et de vous consacrer davantage [du moins, pour les TL et les TS1] à l’étude de la Lettre à Ménécée d’Épicure... ;-)
 

Publié dans sur-la-rive

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célia de T L 07/11/2006 21:08

Epicure est bien plus facile à comprendre que Merleau-Ponty cependant je le trouve plus complexe à expliquer. J'ai donc l'impression d'apporter des réponses brèves à ce travail :-(

Sébastien Mallet 09/11/2006 21:33

C'est une impression fréquente : parce qu'il utilise un vocabulaire plus simple, le texte d'Epicure présente en apparence moins d'aspérités sur lesquelles l'explication peut s'accrocher.
Paradoxalement, les textes abstraits aux idées inhabituelles posent moins de difficultés, car on voit plus rapidement ce que l'on est obligé d'expliquer. Les raisonnements qui semblent plus proches des idées répandues sont plus délicats, car il faut trouver par soi-même les points qui réclament des explications détaillées.