Désapprendre pour apprendre

Publié le par Sébastien Mallet

 
[Pour les TTI]
 
Nous avons vu que la raison devait s’employer à combattre la croyance naïve. La critique des quatre genres d’idoles par Bacon a permis de préciser ce point.
 
Voici un texte de Gaston Bachelard, qui explique dans quelle mesure il faut désapprendre pour apprendre :
 
« Dans l’éducation la notion d’obstacle pédagogique est également méconnue. J’ai souvent été frappé du fait que les professeurs de sciences, plus encore que les autres si c’est possible, ne comprennent pas qu’on ne comprenne pas. Peu nombreux sont ceux qui ont creusé la psychologie de l’erreur, de l’ignorance et de l’irréflexion. (...) Les professeurs de sciences imaginent que l’esprit commence comme une leçon, qu’on peut toujours refaire une culture nonchalante en redoublant une classe, qu’on peut faire comprendre une démonstration en la répétant point pour point. Ils n’ont pas réfléchi au fait que l’adolescent arrive dans la classe de Physique avec des connaissances empiriques déjà constituées : il s’agit alors, non pas d’acquérir une culture expérimentale, mais bien de changer de culture expérimentale, de renverser les obstacles déjà amoncelés par la vie quotidienne. »
Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique (1938)
 
Bachelard prend ensuite l’exemple de la flottaison des corps. On croit souvent qu’un corps flotte par nature, par une quelconque action de sa part.
Il faut alors désapprendre cette approche empirique, pour ensuite comprendre le principe de la poussée d’Archimède : c’est l’eau qui exerce une résistance.
 
Quelques remarques, afin de ne pas se servir de ce texte n’importe comment :
 
1) L’éducation a évolué depuis l’époque dont parle Bachelard. N’allez pas dire à vos professeurs de physique qu’ils ne tiennent pas compte de vos connaissances empiriques antérieures... ;-)
 
2) Il faut désapprendre pour apprendre, c’est-à-dire se débarrasser de ses « idoles » préalables (c’est-à-dire, rappelons-le, ces pensées toutes faites, reçues sans examen critique) pour ensuite acquérir des connaissances réfléchies.
 
3) Si les professeurs jouent un rôle essentiel dans ce processus, ils n’arriveront pas à grand-chose tant que l’élève ne se donne pas les moyens d’examiner soigneusement à la fois ce qu’il croit déjà savoir et ce qu’on lui apprend.
 
4) Le principe décrit par Bachelard ne concerne pas que les élèves. Les chercheurs doivent eux aussi se méfier des nombreuses connaissances qu’ils ont acquises par le passé, et ne pas les considérer comme définitives.
 
5) Enfin, il faut appliquer le principe jusqu’au bout : l’école ne sert pas qu’à désapprendre, il ne s’agit pas d’en sortir l’esprit vide...
 
Une question pour finir :
Bachelard dit que « l’opinion a, en droit, toujours tort » (ibid. ; voir le manuel txt. 2, p. 117). Dans quelle mesure peut-on le justifier ? 

Publié dans Raison

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fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 21/09/2011 14:00



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No-29, ESPRIT SCIENTIFIQUE. EST-CE QUE TU L'AS ?



Rémi Lavolée TTI2 10/10/2006 19:37

Donc pour Bachelare si on a une opinion et non des pensées claires et argumenté, on en fait pas part. Je trouve que c'est un peu se refermer sur nous meme, parce que si on ne fait pas part de nos opinions, on ne pourra pas se corrigé et donc apprendre.

Sébastien Mallet 10/10/2006 21:28

C’est effectivement parce qu’elles ne cherchent pas à argumenter leur contenu que les opinions ont tort.
Ensuite, Bachelard n’interdit pas qu’elles soient exprimées ; mais il faut que la personne soit prête à sortir du registre de l’opinion pour accepter de soumettre ses idées à la discussion et argumenter sa position (voire reconnaître sa part d’erreur). Elle est donc en bonne voie pour quitter le mode de l’opinion, et parvenir ainsi à une pensée personnelle qui progressera au fur et à mesure.
Toutefois, la plupart du temps, on constate que les gens ont du mal à entrer dans un raisonnement différent du leur.
En revanche, Rémi, vos divers commentaires (en cours ou sur ce blog) illustrent le fait que d’autres personnes savent donner leurs avis, mais aussi tenir compte des réponses reçues pour voir comment améliorer leur pensée.