Les quatre idoles

Publié le par Sébastien Mallet

 
[Pour les TTI]
 
Francis Bacon (philosophe et chancelier d’Angleterre ; 1561-1626) qualifie d’idoles ces idées que la croyance naïve reçoit telles quelles, sans exercer le moindre esprit critique.
 
Ces idoles se répartissent en quatre catégories (Novum Organum [= NO], livre I, aphorisme 39) :
 
1) « les idoles de la race », c’est-à-dire celles qui sont communes à toute la race humaine.
Elles ont notamment pour origine la finitude de l’esprit humain, sa tendance à se fier immédiatement à ses cinq sens et à être influencé par ses émotions (NO, I, 41, 52).
 
2) « les idoles de la caverne », qui dépendent de chaque individu.
Elles sont conditionnées par l’éducation que l’on a reçue, par les habitudes et le milieu de vie, ainsi que par les événements rencontrés (NO, I, 42, 53, 58).
 
3) « les idoles de la place publique », issues des confusions et des malentendus du langage.
Ces erreurs sont de deux grandes sortes : i/ soit l’on s’imagine qu’une chose existe et qu’elle est bien connue, simplement parce que le mot existe ; ii/ soit on se trompe sur la chose désignée car les mots sont généraux et ambigus (NO, I, 43, 59-60).
 
4) « les idoles du théâtre », qui désignent en fait les illusions des théories scientifiques et philosophiques.
Elles sont les plus dangereuses, car on a tendance à faire confiance à ceux qui ont élaboré ces théories. Mais elles ne sont que des représentations illusoires tant qu’elles ne s’appuient pas sur des vérifications possibles. De plus, elles sont condamnables dès qu’elles ont la prétention d’apporter une explication totale et définitive aux questions traitées (NO, I, 44, 61 et suivants).
 
Par conséquent, la philosophie a pour rôle d’exercer un esprit méthodique et critique à l’encontre de ces quatre genres d’idoles. Elle doit donc se méfier aussi d’elle-même lorsqu’elle a tendance à vouloir apporter trop vite une réponse.
 
On retrouve ainsi le problème philosophique de savoir si la raison a suffisamment de recul pour pouvoir contrôler son propre fonctionnement.
 

Publié dans Raison

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Rémi Lavolée TTI2 03/10/2006 18:50

A ok, je comprend mieux, faut que je travaille mon analyse ^^.

Rémi Lavolée TTI2 01/10/2006 11:15

Je ne comprend pas "les idoles de la caverne",parce que c'est en ayant de l'experience quelquonque et de la vie que l'on se forge un esprit critique, on est peut etre conditionné par l'éducation que l'on a reçue, mais on peut etre en désaccord sur certain point envers celle-ci et ce n'est pas pour ca qu'on est naïf pour autant.

Sébastien Mallet 01/10/2006 17:44

Bonne remarque, Rémi, et c’est justement pour cela que Bacon prend soin de nous avertir contre le risque d’en faire des idoles.
Les quatre genres ne produisent pas nécessairement que des idoles, mais correspondent aussi à ce qui nous permet de découvrir de nouvelles connaissances, à condition d’exercer son esprit critique.
Autrement dit, qu’elle provienne de l’expérience ou de n’importe quelle autre source, une pensée peut devenir soit une idole si on la croit naïvement, soit une connaissance si on l’établit rationnellement.
Ce n’est donc pas l’expérience en tant que telle que Bacon condamne, mais le mauvais usage que certains en font.