Sujet virtuel

Publié le par Sébastien Mallet

 
            Internet participe-t-il à la déliquescence du sujet humain ? Ce réseau mondial constitue-t-il une gigantesque collectivité dans laquelle se dissout l'individu, ou au contraire une voie vers l’universalité, offerte à la personne humaine pour dépasser son point de vue limité et construire sa pensée ?
 
            Georges Picard fait la part des choses, et voit dans le Web un système qui peut être employé en bien ou en mal :
            « (...) la place du sujet dans le champ universel redevient une question chaude avec la mise en place d’Internet, système de communication privé de centre, qui tire sa transcendance des innombrables singularités d’émetteurs et de messages dont il se nourrit. Dans la nouvelle mythologie, Internet prend peu à peu le visage d’une structure qui s’émancipe, « machine » plus impalpable que Hal, le célèbre ordinateur en mal d’indépendance de 2001, odyssée de l’espace. On dit que le monstre subtil préparerait une nouvelle « disparition de l’homme » dans une version sophistiquée. S’il est vrai qu’avec le Web, l’individu communiquant n’est plus qu’un repère abstrait, un code parmi des millions d’autres échangeurs, c’est découvrir la lune que de s’en alarmer. Il y a bien longtemps que notre être social est encarté, codifié, listé, fiché. Internet n’efface pas plus le « sujet » qu’il ne le sauve. Au mieux, il produit une impression surfaite de solidarité planétaire dont on finira par comprendre qu’elle réduit notre espace mental par un effet de mimétisme généralisé. Les moins dociles n’en seront que plus tentés de choisir un positionnement original, un mode de vie, des valeurs et des buts singuliers, multipliant ainsi des « niches d’existence » comme les renards fabriquent leurs terriers. La ruse est, en effet, la meilleure façon de se tirer du piège du conformisme planétaire. Les outils de communication peuvent même y contribuer, ce qui n’est pas le moindre paradoxe de ces technologies ouvertes et extraordinairement souples qu’il sera possible de détourner vers des buts imprévisibles. »
Georges Picard, Tout m’énerve, chap. 11
(Paris, Librairie José Corti, 1997, p. 148-149)
 
            Ainsi n’avais-je pas prévu de prolonger un jour la classe de philosophie — société universelle — par un blog sur Internet, espace virtuellement planétaire.
 
 

Publié dans Conscience

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