"Larvatus prodeo"

Publié le par Sébastien Mallet

 
[Pour les TL, et prochainement pour les TS1. Quant aux TTI, bien que la conscience ne soit pas une notion de votre programme, cela vous concerne aussi.]
 
            Sartre critique la mauvaise foi, qui consiste à fuir la responsabilité de sa liberté en se cachant derrière un rôle. Être une personne authentique suppose au contraire d’abandonner tout rôle déterminé.
 
            Mais on pourrait se demander si la personne humaine n’est justement pas la somme de tous ces masques que l’on porte au gré des circonstances.
            Si l’on retire le masque, trouve-t-on le visage nu de la personne, ou simplement un autre masque ?
 

            L’idée de personne porte de nombreux sens. Étymologiquement, la persona vient de [per sonare], qui signifie résonner au travers. Elle désignait le masque du théâtre antique, au travers duquel jouaient les acteurs. On est donc passé du masque au rôle, pour parvenir à l’identité, qui implique la responsabilité.
 
            Pour Oscar Wilde, « l’homme est moins lui-même lorsqu’il parle en son propre nom. Donnez-lui un masque, et il vous dira la vérité » (Le critique comme artiste, in La vérité des masques. Essais et aphorismes, Editions Payot & Rivages, coll. Rivages Poches - Petite Bibliothèque, 2001, présenté par F. Dupuigrenet Desroussilles, trad. de J. Cantel, p. 112).
            L’art offre ce masque qui crée une distance, où peut davantage s’exprimer la liberté. Dans une perspective analogue, on vous connaît peut-être davantage par le biais de vos devoirs de philosophie que lorsque vous cherchez directement à parler de vous...
 
            Signalons au passage que, parmi les masques du quotidien, le pseudonyme prend son essor sur Internet. Les multiples blogs personnels ne sont qu’une nouvelle façon de se masquer aux autres pour leur parler autrement.
 
            Ainsi, paradoxalement, je me masque pour être vu — et non pas seulement pour ne pas être vu, comme on aurait pu le croire (cette ambivalence concerne également l’écran, qui à la fois cache et montre).
            Derrière les masques de la personne, peut-être n’y a-t-il personne.
 
            Terminons ce billet (qui ne traite qu’une petite partie du problème) par une question : de qui est la citation latine mise en titre, et que signifie-t-elle ?
 

Publié dans Conscience

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cfsgfsgf 06/01/2017 16:18

la vie c'est les patates

cfsgfsgf 06/01/2017 16:17

mais oui c'est claire

Sébastien Mallet 21/10/2006 14:11

Juste une petite citation, pour prolonger ces questions :
« Est-on sincère ou comédien, comédien vrai ou copie de comédien, « représentant » ou chose représentée ? Une personne ou un rendez-vous de personnes ? »(Nietzsche, La volonté de puissance, II, § 508 ; Gallimard, Tel, vol. 2, p. 192)
 

Célia de T L 11/10/2006 14:37

Ne jouons-nous pas sans cesse un rôle en fonction de la personne qui se trouve face à nous? Sommes-nous toujours sincère? Ou n'agierait-on en fonction de notre humeur, de la personne ou en fonction de notre caractère?

Sébastien Mallet 15/10/2006 14:32

Vos questions, Célia, réclameraient bien plus que l’espace d’un commentaire pour être traitées... ;-)
Mais, rapidement, quelques remarques :
1) Il faut savoir en quel sens on parle de rôle.
Si cela désigne un comportement déterminé en fonction d’une situation particulière, la vie en société dans ce cas est tissée de ce réseau nécessaire de conduites. Par exemple, je ne peux pas me conduire avec mes élèves de la même façon que je me comporte avec ma famille ou mes amis.
Mais il existe une pluralité de conduites possibles pour une même situation. C’est là qu’intervient la différence entre une conduite personnelle et un comportement stéréotypé. De la même façon que les mauvais acteurs récitent un texte et font les actions requises sans habiter leur rôle, sans se l’approprier, on peut se retrancher derrière un rôle de convenance, écrit à l’avance.
2) De ce fait, la sincérité ne s’oppose pas directement au fait de jouer un rôle. La ligne de partage doit se déplacer au sein même de la conduite. Il est possible d’adopter une conduite particulière en fonction une situation précise, sans pour autant manquer de sincérité. Un métier, par exemple, réclame une conduite répondant à des règles générales : non seulement elle sera interprétée (ou jouée) différemment selon les personnes qui l’exercent, mais ce métier pourra aussi être pratiqué sincèrement ou en s’abritant derrière des codes convenus, voire caricaturaux (rappelez-vous les exemples sartriens de mauvaise foi).
3) On peut pousser vos questions un peu plus loin en se demandant notamment si l’on n’adopte une conduite précise qu’en présence d’autrui. La solitude est-elle dénuée de tout rôle ? N’est-ce pas une illusion que de croire que l’on serait transparent à soi-même ? C’est là aussi, voire surtout, que se pose la question de la sincérité.

Sébastien Mallet 23/09/2006 12:27

Exactement ! :-)
Elle se trouve dans les Cogitationes privatae (Premières pensées). Voici le paragraphe entier, dans la traduction de F . Alquié :
« Les comédiens, appelés sur la scène, pour ne pas laisser voir la rougeur sur leur front, mettent un masque. Comme eux, au moment de monter sur ce théâtre du monde où, jusqu’ici, je n’ai été que spectateur, je m’avance masqué » (OP I, 45).
Cette citation a donné lieu à des interprétations très diverses, mais V. Carraud indique qu’il est possible de traduire par : « je publie sous pseudonyme ».